UE La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a opéré un changement de ton en faveur de l’atome mardi, même si les débats restent vifs au sein des 27.
Lors d’un sommet du nucléaire à Paris, la cheffe de l’exécutif européen est allée dans le sens de la France, qui milite de longue date pour davantage de soutien à l’énergie atomique en Europe.
«Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies», a dit le président français, Emmanuel Macron, en ouverture d’un sommet à Paris le nucléaire civil.
«Il est dans l’intérêt des pays européens, pour leur sécurité énergétique et pour leur souveraineté, de développer davantage leurs énergies renouvelables – solaire, éolienne et autres – et d’opérer un retour en force de l’énergie nucléaire», avait souligné la semaine dernière Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Le contexte joue, avec la flambée des prix du gaz et du pétrole à cause de la guerre au Moyen-Orient. Mais le virage sémantique de Bruxelles fait écho à celui du chancelier allemand, Friedrich Merz, qui avait lui-même parlé «d’une grave erreur stratégique» à propos de la sortie du nucléaire annoncée par l’Allemagne il y a 15 ans après la catastrophe de Fukushima.
Que signifie-t-il concrètement pour la Commission européenne?
À ce stade, Bruxelles se concentre sur les technologies nucléaires innovantes – les petits réacteurs modulaires SMR – et pas sur les grands réacteurs comme les EPR, malgré les appels de la France à mobiliser des fonds européens en faveur de ces grands et coûteux équipements.
La présidente de la Commission veut des petits réacteurs modulaires opérationnels d’ici le début des années 2030. Car Bruxelles est déjà pris de vitesse par la Chine et par les États-Unis en la matière. Pour tenter de rester dans la course, Ursula von der Leyen veut inciter les start-up européennes à s’associer et à accélerer.
Soutien aux petits réacteurs
Une série de projets de petits réacteurs sont développés actuellement, avec Fortum en Finlande, EDF en France, la start-up italienne Newcleo installée à Paris, la néerlandaise Thorizon ou Eagles en Roumanie. Comme dans bien d’autres domaines, l’objectif de l’UE est d’établir des standards communs et d’éviter une fragmentation du marché.
Mardi, Ursula von der Leyen a ainsi annoncé la création d’une garantie de 200 millions d’euros pour soutenir l’investissement dans le nucléaire innovant. Cette somme, encore modeste, proviendra des ressources tirées du système d’échange de quotas d’émission de CO2 (ETS), le marché du carbone en Europe, où les industries énergivores payent pour polluer. Une manière au passage de répondre aux critiques qui s’intensifient contre ETS et le prix du CO2 en Europe.
Malgré ces annonces, le nucléaire reste l’objet de débats agités en Europe, qui privilégie les énergies renouvelables pour sortir de sa dépendance aux fossiles.
L’Allemagne s’est définitivement sevrée du nucléaire en 2023, même si le nouveau chancelier le regrette désormais. L’Autriche est historiquement opposée à l’atome et l’Espagne est une ardente partisane des renouvelables.
Même dans les scénarios les plus nucléarisés, ce sont l’éolien et le solaire qui domineront le bouquet énergétique européen dans les décennies à venir. En 2024, selon les données Eurostat, les énergies renouvelables représentaient 47,3 % de la production d’électricité dans l’UE contre 23,4 % pour l’énergie nucléaire.
«À court terme, le gros du travail sur l’électrification passera par les renouvelables», prévient Neil Makaroff, expert des questions de transition climatique au think tank Strategic Perspectives.
Mais le commissaire européen à l’industrie, Stéphane Séjourné, un Français proche d’Emmanuel Macron, souligne que l’UE brise des «tabous» sur le nucléaire. L’exécutif européen «assume d’intégrer pleinement le nucléaire dans sa stratégie industrielle et dans ses instruments de financement, c’est une première», affirme-t-il.
Avec une autre bataille dans les mois qui viennent : l’avenir de la législation européenne sur les énergies renouvelables, que la France voudrait élargir aux «énergies décarbonées» pour y intégrer le nucléaire.