Accueil | Politique-Société | Luxembourg : des salariés se mobilisent pour le télétravail

Luxembourg : des salariés se mobilisent pour le télétravail


Les pétitionnaires proposent de permettre aux salariés qui le souhaitent de travailler la moitié de leur temps de travail en télétravail après le confinement. (Photo : AFP)

Des salariés luxembourgeois ont lancé une pétition afin de pouvoir continuer à télétravailler régulièrement après le confinement. La formule présente selon eux de nombreux avantages.

D’aucuns ne cessent de le répéter : il faut inventer le monde de demain. Et si l’une des clés du changement passait déjà tout simplement par plus de télétravail ? C’est en tout cas la certitude acquise par des salariés qui ont vérifié de manière empirique les bienfaits du télétravail depuis que celui-ci a été imposé – dans la précipitation, certes – dans bon nombre de secteurs d’activité avec l’irruption du Covid-19.

Car si le télétravail a connu un essor indéniable ces dernières années, il était encore loin d’être la norme il y a quelques semaines seulement. D’après le Statec, moins de 20 % des employés y ont ainsi eu recours l’an passé, et ce, de façon sporadique et pour de courtes durées (moins de huit heures par semaine). Mais force est de constater que le recours imposé à cette forme de travail semble tout à fait convenir à de nombreuses personnes.

Serge Remy, qui travaille dans le secteur financier, et son épouse Emmanuelle, assistante sociale, sont de ceux-là. À tel point qu’ils ont déposé le 19 avril une pétition à la Chambre (pétition n° 1556) en faveur de l’instauration d’un droit au télétravail, visant à permettre aux employés de pouvoir y recourir plus facilement qu’à l’heure actuelle.

«Je n’avais jamais fait de télétravail auparavant, c’est pourtant un souhait que j’avais depuis longtemps. Mais mes demandes étaient restées sans suite», explique Serge Remy, qui à l’automne dernier avait encore relancé son employeur à ce sujet afin de prévoir l’éventualité d’avoir de temps en temps recours au télétravail, notamment l’hiver, pour éviter à certains des membres de son équipe de se retrouver bloqués des heures sur les routes en cas de tempête de neige.

La question n’avait alors pas été jugée prioritaire. «Les arguments sont toujours les mêmes pour refuser le télétravail», déplore le financier. «Au fond, les patrons ont peur de perdre le contrôle. On a l’impression qu’ils croient qu’on ne fait rien si on n’est pas constamment sous leurs yeux.»

L’apparition du nouveau coronavirus et les mesures de confinement et de distanciation sociale qui ont suivi ont en tout cas rebattu les cartes. À l’instar d’un grand nombre d’entreprises, celle qui emploie Serge Remy a mis dès le 17 mars ses employés en télétravail. «Il a fallu environ deux jours pour tout mettre en place. Nous disposons de connexions sécurisées. De temps en temps, la bande passante internet est un peu faible, mais ça fonctionne très bien.»

Et Serge Remy l’assure : isolé dans sa chambre pour travailler, il est beaucoup plus efficace et concentré, et ne travaille pas moins, sinon plus, que lorsqu’il est au bureau. Finis en effet les pauses café, les discussions entre collègues qui s’éternisent et le bruit constant qui peut régner au sein d’un open space dans lequel travaille une vingtaine de personnes. «On communique par chat. Quand on demande aux collègues comment s’est passé leur week-end, ça prend dix minutes, pas une demi-heure.»

Fournir un levier aux salariés

Surtout, il a gagné en qualité de vie, le stress de la route ne faisant désormais plus partie intégrante de son quotidien. «J’habite au nord de la capitale et travaille dans le Sud. Il me faut habituellement 45 minutes pour faire 17 km. Et je suis loin d’être le seul dans ce cas. Ce temps que j’ai gagné sur mes déplacements, je le consacre à me promener le soir avec mon épouse, ce que nous ne pouvions jamais faire avant, ou je passe du temps avec mes filles. Sans compter que nous sommes beaucoup plus détendus, n’ayant plus l’énervement des embouteillages.»

Moins de stress, plus de temps pour soi et à consacrer à sa famille, c’est un cercle vertueux qui s’est mis en place pour Serge Remy.

En outre, on le constate aisément, la situation actuelle permet de laisser respirer le Luxembourg en réduisant enfin le fléau de la circulation. «Si un nombre significatif de personnes télétravaille régulièrement, cela va forcément alléger la circulation», insiste Serge Remy.

Et limiter l’impact sur l’environnement ? «Désormais, lorsque je suis dans la rue, je « sens » une voiture passer. Le niveau de pollution a tellement baissé qu’on se rend tout de suite compte quand il y en a. Et puis, tout est beaucoup plus calme», témoigne-t-il.

«Nous savons qu’avec le réchauffement climatique il nous faut limiter notre empreinte carbone. En regardant les derniers chiffres disponibles du Statec concernant la répartition des salariés par branche d’activité, on peut considérer que 55 % des salariés pourraient télétravailler. S’ils télétravaillent à 36 %, on peut en déduire une réduction des déplacements domicile-travail de 20 %, ce qui est vraiment loin d’être négligeable en termes d’impact sur la pollution atmosphérique et sonore. Mais pour cela, il faut changer les mentalités et faire évoluer les habitudes managériales.»
Les pétitionnaires demandent donc à pouvoir télétravailler la moitié de leur temps de travail, «ou moins, au choix du salarié», précise Serge Remy. Car travailler uniquement de chez soi peut présenter des risques – notamment psychosociaux (affaiblissement des relations interpersonnelles, perte des limites entre vie privée et professionnelle, aggravation des addictions…).

«Avoir des contacts est positif. On peut donc imaginer aller au bureau deux ou trois jours par semaine, pour faire le point avec les collègues, des réunions, etc. Pour ne pas perdre le lien et le sens des réalités. Et ce qu’on peut faire seul, on le fait chez soi. Il faut organiser différemment le travail, pour bénéficier des avantages des deux systèmes, et je pense que beaucoup de secteurs d’activité peuvent être concernés.»

Mais pour cela, il est indispensable de changer la loi, estime Serge Remy : «Je suis profondément convaincu que la plupart des patrons sont très réticents au télétravail. Donc si on ne fournit pas aux salariés un levier, les choses bougeront extrêmement lentement. On entend déjà partout : « revenez au bureau le plus vite possible ». Donc si on ne change pas la loi actuelle, si le patron est réticent au télétravail, le salarié n’y aura pas droit. Avec une loi, il aura du poids.»

Au moment où nous écrivons ces lignes, la pétition avait déjà recueilli près de 700 signatures. Il lui faudra en réunir 4 500 d’ici le 4 juin pour pouvoir être débattue à la Chambre.

Tatiana Salvan

3 plusieurs commentaires

  1. Roberto Feltz

    Ok mais alors il faudra revoir les FD à la baisse voir les supprimer pour ceux qui télétravail

  2. Le télétravail évite que je parte tôt du bureau . Je travaille plus mais je ne risque pas ma vie sur les routes …. depuis 2 mois je fais 9h par jour et je vois beaucoup plus ma vie et je suis beaucoup moins énervée .:..le télétravail est la solution pour tout !!!

  3. Bonjour,
    Je partage entièrement la perspective de continuer le télétravail pour ce qu ils le souhaitent après le confinement.
    Je signe par la présente cette pétition.

PUBLIER UN COMMENTAIRE

*

Votre adresse email ne sera pas publiée. Vos données sont recueillies conformément à la législation en vigueur sur la Protection des données personnelles. Pour en savoir sur notre politique de protection des données personnelles, cliquez-ici.