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Nord de l’Éthiopie : intenses combats nocturnes, communications perturbées


Des habitants ont acheté des cartes SIM dans un magasin de téléphonie mobile à Mekelle, vendredi, alors que les services de télécommunications et d’internet étaient perturbés. (Photo : afp)

Le nord de l’Éthiopie est au bord d’une nouvelle guerre.

L’armée éthiopienne a empêché dans la nuit de jeudi à vendredi, durant d’intenses combats, les combattants des autorités rebelles du Tigré d’entrer dans Abala, ville située de l’autre côté de la frontière avec l’État régional voisin de l’Afar, dans le nord de l’Éthiopie, où les hostilités ont récemment repris. Certains réseaux de télécommunications et d’accès à internet étaient par ailleurs coupés vendredi dans le nord de l’Éthiopie, selon l’observatoire international Netblocks et les constatations de l’AFP.

Après plusieurs mois de tensions, les combats ont repris mardi entre l’armée fédérale et les troupes du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirige le Tigré de fait, mais illicitement selon le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed.

Cette reprise des hostilités dans le nord de l’Éthiopie fait craindre une nouvelle guerre à grande échelle, moins de quatre ans après la fin du conflit ayant opposé les deux camps de novembre 2020 à novembre 2022, l’un des plus meurtriers de la planète ces dernières années, qui a fait au moins 600 000 morts.

Il y a eu «de violents combats pendant la nuit» et les forces fédérales éthiopiennes «ont empêché les rebelles d’entrer dans la ville» d’Abala, située dans l’État régional de l’Afar, au sein de massifs marquant la frontière avec l’est de celui du Tigré, a expliqué, sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité, une source humanitaire présente en Afar.

Cette source a également fait état d’une frappe de drone des forces fédérales sur Abala. L’AFP n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante ces informations dans l’immédiat.

L’armée fédérale éthiopienne a affirmé vendredi que plus de 700 rebelles avaient été tués et quelque 500 blessés depuis la reprise des hostilités, sans donner de bilan dans ses rangs et sans que cette information puisse être vérifiée. Le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, n’était pas joignable dans l’immédiat.

«Peur profonde»

Netblocks a constaté vendredi «une perturbation locale de l’internet dans le nord de l’Éthiopie, correspondant à des informations faisant état d’une coupure totale des télécoms au Tigré».

Les services de télécommunications de l’opérateur public Ethio Telecom «et ses services internet sont coupés au Tigré», mais ceux du second opérateur, le kényan Safaricom, «fonctionnent à capacité réduite», a confié un habitant de Mekele, la capitale tigréenne.

Lors du précédent conflit, le gouvernement fédéral avait coupé tous les réseaux de télécommunications et l’internet au Tigré et suspendu la fourniture d’électricité et les services bancaires. L’État régional avait été aussi soumis à un quasi-siège, privé notamment d’aide humanitaire durant plusieurs mois, le poussant au bord de la famine.

La reprise des combats a ravivé le souvenir de ces terribles pénuries suscitant une «peur profonde», ont raconté des habitants de Mekele, les précipitant ces derniers jours vers les échoppes, où les prix grimpent déjà, pour faire le plein de vivres.

Sept groupes armés opposés aux autorités fédérales, notamment le TPLF, les milices nationalistes amhara Fano et l’Armée de libération oromo (OLA), ont annoncé une alliance pour «renverser» le gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed.

«Hauts niveaux de violence»

«Ces groupes ne partagent pas la même idéologie. Certains sont historiquement ennemis (…) suscitant des questions sur la façon dont ils vont opérer ensemble, au-delà de leur opposition commune au gouvernement», notait jeudi Jalale Getachew Birru, analyste d’Acled, ONG spécialisée dans la collecte et l’analyse de données sur les conflits mondiaux.

Jeudi, les autorités rebelles du Tigré ont dit être en «guerre totale» contre le gouvernement fédéral. «Il y a des combats partout» dans le nord de l’Éthiopie, avait affirmé Amanuel Assefa. En Amhara, des affrontements ont été signalés près de Lalibela, ville sainte connue pour ses églises creusées dans la roche et inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, entraînant la suspension des vols vers et depuis son aéroport.

L’alliance «est certainement en train d’essayer de s’emparer de territoires le long d’infrastructures routières clés pour saper la capacité du gouvernement de s’approvisionner et réapprovisionner», a déclaré Edward Bach, analyste du cabinet Verisk Maplecroft. Il y a notamment «des combats autour de Lalibela (…) qui fut un site clé d’approvisionnement pour l’armée» fédérale durant le précédent conflit, a-t-il ajouté.

Clionadh Raleigh, directrice générale d’Acled, expliquait vendredi qu’elle «ne s’attend pas à un retour à un conflit (…) de basse intensité», ajoutant ne pas identifier de leviers «permettant d’empêcher la poursuite de l’escalade».

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