L’ex-président bulgare Roumen Radev a remporté son pari en arrivant en tête des législatives avec 44,58 % des voix, selon des résultats partiels publiés lundi, sa formule prorusse mais anticorruption ayant largement séduit l’électorat du pays le plus pauvre de l’Union européenne.
Ce résultat confère à la coalition «Bulgarie Progressiste» de Radev, 62 ans, une majorité absolue d’au moins 132 sièges au sein du Parlement, qui en compte 240.
À la tête de l’Etat entre 2017 et 2026, Roumen Radev avait démissionné en janvier afin de se présenter aux législatives et son succès rebat les cartes pour former un gouvernement, dans ce pays des Balkans qui votait pour la huitième fois en cinq ans.
Il devance largement les conservateurs (GERB) de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov, qui dirigeaient le précédent gouvernement, et les libéraux du PP-DB, qui enregistraient respectivement 13,01 % et 14,26 % selon des résultats partiels publiés lundi matin par la Commission électorale centrale, portant sur 60,79 % des bulletins dépouillés.
La participation à plus de 50 %, au plus haut depuis 2021, selon l’institut de sondage Market Links, démontre que Radev incarne, pour une partie des Bulgares, une chance de rassemblement.Elle était tombée à 39 % lors des élections de 2024, illustrant la méfiance généralisée des Bulgares à l’égard de la politique.
«Nous avons surmonté l’apathie», s’est réjoui Roumen Radev devant ses partisans. «C’est une victoire de l’espoir sur la défiance, une victoire de la liberté sur la peur».
«La Bulgarie fera des efforts pour poursuivre sa voie européenne, mais croyez-moi, une Bulgarie forte et une Europe forte ont besoin d’esprit critique et de pragmatisme», a-t-il dit. «L’Europe a été victime de sa propre ambition d’être un leader moral dans un monde régi par de nouvelles règles.»
Avant le scrutin, il avait affirmé partager, sur l’envoi d’armes à l’Ukraine, les positions de la Hongrie et de la Slovaquie, estimant «ne pas voir l’intérêt pour son pays, pauvre, de payer ».
Mais sans «imposer de veto» à Bruxelles, avait-il tenu à préciser vendredi sur la chaîne bTV, conscient des avantages tirés de l’appartenance de son pays de 6,5 millions d’habitants au bloc depuis 2007.
«Chance historique»
Boryana Dimitrova, de l’institut de sondage Alpha Research, a souligné que Roumen Radev s’imposait comme le «vainqueur sans équivoque» de ce scrutin, notant le score «bien plus faible que prévu» du GERB.
Selon elle, il ne sera toutefois possible d’évoquer les différentes possibilités pour un futur gouvernement qu’une fois connu le nombre de partis franchissant le seuil de 4 % pour entrer au prochain Parlement.
Roumen Radev «a grignoté l’électorat du parti pro-Kremlin, Vazrazhdane», grâce à ses positions ouvertes face aux Russes et anti-élites, a expliqué le politologue Teodor Slavev.
Les sondages montrent aussi que certains électeurs ayant auparavant voté pour des partis pro-occidentaux ont décidé de lui accorder leur confiance.
Boïko Borissov a «félicité» Roumen Radev, tout en rejetant l’idée qu’il apporte de la «nouveauté». «Gagner les élections est une chose, gouverner en est une autre», a-t-il prévenu.
De vastes manifestations anticorruption avaient provoqué en 2021 la chute de Boïko Borissov, au pouvoir pendant près de 10 ans en tant que Premier ministre, et de fragiles coalitions se sont succédé depuis.
Roumen Radev, ancien général de l’armée de l’air, ambitionne de s’appuyer sur sa majorité pour mettre un terme à la crise politique que traverse depuis 2021 le pays membre le plus pauvre de l’Union européenne.
Radev avait ouvertement soutenu les manifestants et après avoir voté à Sofia, il a déclaré que la Bulgarie avait «une chance historique de rompre une fois pour toutes avec le modèle oligarchique».
«C’est simple : les gens veulent que tout change», s’enthousiasme la retraitée Stiliana Andonova.
Gergana Mihailova, une analyste financière de 47 ans, craint elle que la Bulgarie, restée pro-européenne sous les précédents gouvernements, «change son orientation politique» au profit de Moscou.