«À 7 h, il faisait 30 °C.» Dans le Pays-Haut, deux agriculteurs évoquent leurs conditions de travail. Les cultures s’annoncent peu propices et très en avance sur la saison. Le travail de nuit se généralise pour éviter les risques d’incendie. Témoignages.
«Nous n’avons pas encore de culture mûre, car nous n’avons pas fait d’orge d’hiver. Mais la semaine prochaine, nous allons commencer à récolter le colza, explique Philippe Fischesser, agriculteur à Domprix. Le blé suivra dans la foulée. C’est, évidemment, beaucoup trop tôt.»
Ces moissons, qui jadis se faisaient en juillet-août, avaient déjà été avancées autour du 15 juillet en 2025. En 2026, c’est pire.
«Les cultures étaient belles jusque-là, mais la canicule arrive alors qu’il n’y avait déjà pas de réserve d’eau dans les sols. Les grains ne vont pas se remplir, on court le risque qu’ils restent petits.» Les agriculteurs doivent se dépêcher alors que leur production risque de mourir sur pied.
Pelouse grillée
Autre problématique pour les éleveurs : les animaux n’ont plus rien à manger dans les prés. «C’est comme la pelouse chez les particuliers, évoque celui qui est aussi maire de Domprix. Tout est grillé.» «Il n’y a plus rien, confirme, du côté de Boncourt, Loïc Boulanger. On va sortir nos stocks de fourrage qu’on utilise normalement en hiver.»
Ce céréalier a déjà commencé à moissonner dans des conditions excessivement difficiles : il doit attendre 21 h, minimum, pour se mettre au travail. Et il n’arrête pas jusqu’à 7 h du matin. «Ce jeudi [25 juin], il faisait 30 °C à cette heure-là.»
Températures infernales
Le risque d’incendie est trop important en journée. «Une brindille qui part à côté du pot d’échappement, de la poussière qui stagne au-dessus du moteur, et c’est un feu qui démarre.»
Philippe Fischesser souligne aussi le risque de panne sur les machines agricoles. Les mécanismes sont soumis à rude épreuve, les courroies chauffent. «Ce n’est pas comme des voitures qui refroidissent un peu en prenant de la vitesse. Les moissonneuses ne roulent pas vite.»
Loïc Boulanger s’agace en évoquant cet homme qu’il a surpris, la veille, en train de jeter un mégot en abord de son champ. «On laisse des charrues en bout de parcelles» prêtes à retourner le sol pour étouffer un début d’incendie. Un stress supplémentaire pour les travailleurs.
Après une nuit harassante, l’agriculteur espère trouver le sommeil, pour quelques heures à peine, dans l’après-midi. Si les températures infernales lui laissent un peu de répit.
«Moi, c’est ma dernière année, confie Philippe Fischesser. Mais je crains pour l’avenir de mon fils et de mes petits-enfants qui vont prendre la suite… Depuis toutes ces années, bien sûr, j’ai connu des étés très, très chauds. Mais pas dès le printemps. On n’est qu’en juin ! On dit toujours que, nous, les paysans, on a un seul patron : la météo. Et on peut dire que ça devient de plus en plus difficile de s’adapter à l’humeur de notre patron !»
Marie Koenig
(Le Républicain lorrain)