Certes, le «scénario du pire» établi par le Statec est à prendre avec précaution. Les hypothèses retenues pour ces projections sont encore loin de se concrétiser. Les statisticiens tablent notamment sur un prix moyen du baril supérieur à 160 dollars. Mercredi, il évoluait autour de 80 dollars. Mais il ne faut pas se leurrer. Une «intensification durable du conflit» au Moyen-Orient, «accompagnée d’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz» et de «perturbations persistantes des principales routes maritimes de la région», pourrait à nouveau faire flamber les prix de l’énergie. Avec, à la clé, une forte hausse des prix des carburants et, surtout, une inflation susceptible d’atteindre 4,5 %.
On serait ainsi de retour dans un scénario où trois tranches indiciaires seraient dues à très brève échéance : après celle de juin 2026, une nouvelle au quatrième trimestre, puis une autre au troisième trimestre 2027. Les mesures décidées lors de la tripartite devaient précisément freiner l’inflation afin de garantir un intervalle d’au moins douze mois entre deux index. Dans ses dernières prévisions, publiées mercredi (lire en page 4), le Statec table, dans son « scénario central », sur une inflation ramenée à 1,8 % en 2026 et à 2,1 % en 2027. Or l’enlisement du conflit au Moyen-Orient et surtout un blocage prolongé du détroit d’Ormuz pourraient balayer ces prévisions plus favorables.
L’Iran a indiqué mercredi s’être accordé avec Oman sur un nouvel itinéraire de transit des navires dans ce passage maritime stratégique, par lequel transitait jusqu’à la fin février près d’un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures. Mais toute réouverture du détroit dépendra de la bonne volonté du président américain, Donald Trump, de plus en plus impuissant face à la stratégie de négociation du régime iranien. Et même en cas d’accord, les chaînes d’approvisionnement resteront longtemps perturbées. S’y ajoutent désormais les niveaux historiquement bas des grands fleuves européens, qui compliquent également le transport de pétrole par voie fluviale.
La question de l’index risque ainsi de revenir en force dès la rentrée de septembre. Un scénario qui ne s’écrira pas à Luxembourg, mais bien à Washington et à Téhéran.