Les «excuses» n’y ont rien fait : l’UEFA a maintenu, jeudi, sa menace de boycott des compétitions de la FIFA alors que le président contesté de l’instance mondiale est plus que jamais tourné vers sa réélection prévue en mars 2027.
Embourbé dans une crise depuis l’échec de son plan d’ouverture de la FIFA à des investisseurs privés, Gianni Infantino a contre-attaqué en convoquant mercredi une réunion de crise à Rabat. La direction de la FIFA lui a réitéré son «plein soutien», tout en présentant des «excuses» pour la polémique créée par ce projet.
Président de la FIFA depuis 2016, et pour l’instant seul candidat déclaré, l’Italo-Suisse doit décrocher une majorité des 211 voix des membres de l’instance pour être réélu. Tour d’horizon des forces en présence.
L’UEFA mène la fronde
Le projet controversé est désormais officiellement abandonné, mais l’UEFA, forte de 55 membres, ne lâche rien : «Les fédérations membres de l’UEFA ont été très claires sur les conditions liées à leur non-participation aux compétitions de la FIFA», détaille l’instance européenne dans une déclaration publiée jeudi.
Outre le retrait du projet de la FIFA – exigence déjà obtenue –, l’UEFA demande «que des assurances soient données que de telles tentatives de défigurer le football de cette manière ne puissent jamais se reproduire». «Ces conditions n’ont pas été remplies», juge l’UEFA, qui réaffirme «avoir perdu confiance dans la présidence de Gianni Infantino».
Le patron de l’UEFA, Aleksander Ceferin, peut compter sur le soutien de l’Association européenne des clubs (EFC), dont le président est l’influent Nasser al-Khelaïfi, également à la tête du PSG. Si plusieurs fédérations européennes (Finlande, Serbie, Suède, pays de Galles, Danemark…) ont déjà publiquement annoncé ne pas soutenir Infantino pour l’élection de mars 2027, les positions des fédérations majeures se font attendre.
La Concacaf remontée
La Concacaf, qui regroupe 35 fédérations de football d’Amérique du Nord et des Caraïbes affiliées à la FIFA, a accompagné l’UEFA dans ses critiques contre le projet de privatisation.
Après avoir exprimé ses «vives inquiétudes quant à l’absence de procédure régulière entourant cette proposition», la Concacaf a réclamé une «remise à plat complète» de la gouvernance de la FIFA, qui a agi «en dehors de tout cadre et sans transparence, consultation ni procédure régulière».
Le président canadien de la Concacaf, Victor Montagliani, est décrit par plusieurs médias internationaux comme un potentiel rival d’Infantino pour l’élection de mars.
L’Afrique au soutien
Avec ses 54 membres affiliés à la FIFA, plus gros total derrière l’UEFA, la Confédération africaine (CAF) est un allié de poids pour Gianni Infantino et tenait jeudi un comité exécutif à l’issue duquel elle devrait lui réaffirmer son soutien.
Le continent africain est un des principaux bénéficiaires des programmes de développement du football : en octobre 2025, Infantino relevait que la FIFA avait reversé environ 1,28 milliard de dollars à la CAF via des mécanismes de solidarité depuis son élection en 2016.
«L’Afrique devrait faire attention à ne pas participer au lynchage public d’Infantino. Il a beaucoup apporté au football africain», a déclaré jeudi sur X le ministre sud-africain des Sports, Gayton McKenzie.
Le patron de la FIFA peut également compter sur l’appui de Fouzi Lekjaa, le président de la puissante fédération marocaine, avec qui il s’est affiché mercredi lors d’un match de la Coupe d’Afrique des nations féminines opposant la Zambie au Malawi.
L’Asie divisée
La Confédération asiatique (AFC), qui compte 46 membres affiliés à la FIFA, n’a pas clairement pris position contre Infantino, mais a estimé que ce projet a «mis en évidence les faiblesses fondamentales des processus de consultation et de prise de décision de la FIFA», appelant à procéder «d’urgence à une révision de son cadre de gouvernance».
Gianni Infantino a tout de même bénéficié en Asie des communiqués de soutien de plusieurs fédérations, parfois identiques mot pour mot, comme ceux du Qatar et de la Mongolie, louant le «mérite» de la proposition de la FIFA et la «sagesse» d’y renoncer.
Au contraire, le président de la fédération jordanienne, le prince Ali ben Al Hussein, candidat malheureux à la présidence de la FIFA en 2016, a accusé Infantino de «chantage» dans un message au vitriol sur X.
Quant à l’influente fédération saoudienne, elle n’a pas pris officiellement position pour l’instant, orpheline de son ex-président Yasser Al-Misehal, qui a démissionné en juillet à la suite d’un Mondial jugé raté.
La Conmebol «préoccupée»
La fédération sud-américaine (Conmebol), qui compte seulement dix membres affiliés à la FIFA mais quelques fédérations emblématiques comme l’Argentine ou le Brésil, était jusqu’ici très prudente.
La Conmebol, dont le président Alejandro Dominguez est généralement considéré comme un allié d’Infantino, a finalement exprimé jeudi sa «préoccupation face aux actions unilatérales répétées» de la FIFA. Le président de la fédération brésilienne, Samir Xaud, s’est, lui, déclaré mercredi «un peu contre» le projet abandonné.
La Confédération océanienne de football (OFC) s’est, elle, montrée encore plus mesurée au moment de l’annonce du projet, invitant seulement ses onze membres affiliés à l’«étudier» et à «participer au processus de consultation» initié par la FIFA. Elle n’a pas réagi depuis l’annulation de ce projet.