Un long et beau tapis rouge, un dîner officiel majestueux, des sourires et des échanges courtois. Pourtant, malgré ces politesses de façade, la tension est bel et bien là. Lors de la visite d’État du président américain en Chine, les menaces se sont subtilement entremêlées entre les remerciements et les compliments.
Au cœur des nombreuses tensions entre Trump et Xi : Taïwan. L’île cristallise les velléités de Pékin en mer de Chine et dans le Pacifique. Impossible pour l’État chinois de laisser libre cette partie du pays qui s’est séparée après la guerre civile des idéaux du continent. Impossible de laisser un bout de Chine défier le reste de l’immense pays. Mais Taïwan n’est qu’une étape dans cette recherche de contrôle de cette mer de Chine où Pékin a redessiné les cartes et les frontières maritimes au grand dam de ses voisins. Subtilement, la Chine avance ses pions, grignote des positions, fidèle à sa stratégie où seul le temps long compte. L’empire du Milieu a le temps. L’administration américaine n’est pas dupe et voit cette volonté d’extension d’un bien mauvais œil. Son hégémonie est menacée.
Nous n’en sommes pas encore, pour l’heure, à l’affrontement. À Pékin, durant cette visite d’État historique, on préfère pour l’instant parler de collaborations. Travailler ensemble sera bon pour le business des deux côtés du Pacifique. Même si, encore une fois, les discours de bonne volonté se fracassent bien souvent sur les initiatives liées aux droits de douane, d’un côté, ou au blocage des exportations de terres rares, de l’autre. Il faut aussi libérer le détroit d’Ormuz, bloqué après l’aventure militaire de Trump en Iran, mais on n’évoque pas ouvertement l’aide chinoise qui permettrait au régime iranien de supporter les coups de boutoir des frappes aériennes et surtout de répliquer.
Ce jeu de faux-semblants entre les deux grandes puissances mondiales se poursuit donc pour l’instant. Une chose est sûre : Washington n’est plus le seul à vouloir piloter les destinées de la planète. Donald Trump, en homme d’affaires avisé, a peut-être pu le constater lors de sa visite. Le monde change et nous, Européens, nous sommes dans les tribunes pour assister à ce spectacle.