Le modèle social luxembourgeois est donc sain et sauf. Jeudi soir, la tripartite a accouché, au bout d’à peine trois rounds de négociations, d’un accord global, qui satisfait à la fois les syndicats et le patronat. Le Premier ministre n’a eu cesse de clamer l’importance de trouver ensemble des mesures pour contrer les effets négatifs de la guerre au Moyen-Orient sur les gens et les entreprises. Contrairement aux rondes sociales de juillet et septembre derniers, Luc Frieden a cette fois réussi à tenir son pari. À première vue, il sort même renforcé d’une tripartite qui s’annonçait cruciale.
La différence majeure par rapport à l’échec des pourparlers de 2025 a été la volonté du gouvernement de non seulement écouter les revendications des partenaires sociaux – en tête celles des syndicats – mais aussi d’ouvrir la voie à de véritables négociations. En garantissant d’emblée que l’index était «gravé dans le marbre», le Premier ministre a réussi à renouer un lien de confiance avec l’OGBL et le LCGB. Un deuxième pas fut la décision de rouvrir la discussion sur une hausse du salaire minimum. Il faut aussi souligner que l’union syndicale s’est montrée moins radicale dans ses positions. La menace d’une grève générale est réapparue régulièrement. Le président du LCGB, Patrick Dury, s’est félicité d’une stratégie risquée, mais qui a fini par porter ses fruits. Le président de l’union patronale UEL, Michel Reckinger, a aussi tenu à mettre en avant un climat qui était moins toxique qu’en 2025. L’urgence de la situation, non comparable aux bras de fer sur les pensions, les conventions collectives ou le travail dominical, semble avoir ramené à la raison les différents camps.
Cet accord doit maintenant permettre de relancer les pourparlers à plus large échelle. Un engagement est pris pour retourner aux difficiles négociations en format tripartite sur les réformes du droit du travail. Le même esprit constructif devra prévaloir. Il reste toutefois à déplorer que le retour à de vrais pourparlers entre partenaires égaux intervient tardivement. Mais, mieux vaut tard que jamais. Car le nouveau départ pris par le dialogue social est, à côté des mesures prises, l’autre grand acquis d’une tripartite finalement bien maîtrisée par Luc Frieden.