Alors que le Luxembourg tarde à transposer la directive européenne sur la transparence salariale, l’Union des syndicats dénonce le manque de volonté du gouvernement à proposer une politique vraiment ambitieuse sur le sujet.
En mai 2023, l’Union européenne a adopté une directive visant à renforcer la transparence des salaires afin de combattre les discriminations entre les femmes et les hommes. Celle-ci impose notamment une stricte égalité de rémunération à travail égal, peu importe le genre. La transparence doit par ailleurs démarrer dès le processus d’embauche en communiquant aux candidats le salaire de départ ou la fourchette de rémunération dans l’offre d’emploi ou lors de l’entretien.
Les États membres avaient jusqu’au 7 juin 2026 pour transposer cette directive en droit national. Mais à ce jour, aucun projet de loi n’a été déposé au Luxembourg. Un retard «inacceptable» pour l’Union des syndicats OGBL-LCGB ainsi que leurs départements des femmes, OGBL Equality et LCGB Femmes. Pour les représentants du personnel, ce retard «envoie un signal politique désastreux» et prouve que le gouvernement ne prend pas suffisamment au sérieux la lutte contre les inégalités salariales entre femmes et hommes.
«Les inégalités ne se limitent pas au salaire horaire»
Celles-ci sont pourtant bien réelles. Pour l’OGBL et le LCGB, si certains chiffres peuvent donner l’impression que l’équité salariale est mieux respectée au Luxembourg que dans d’autres pays, de larges inégalités persistent. «Le gouvernement ne peut pas se cacher derrière des indicateurs généraux, préviennent les syndicats. Les inégalités ne se limitent pas au salaire horaire. Elles se manifestent sur le salaire annuel, surtout sur les primes et bonus de fin d’année, dans le temps de travail, les carrières, la progression professionnelle et leurs impacts sur les pensions en fin de carrière.»
Pour eux, cette directive européenne constitue une avancée importante qui doit permettre aux salariés d’obtenir davantage d’informations sur les rémunérations, de mieux identifier les discriminations et de renforcer les moyens d’action en cas d’inégalité salariale.
Mais cette transparence n’est qu’un premier pas. Le combat pour l’égalité devra ensuite déboucher sur des corrections concrètes, comme des mécanismes de contrôle efficaces ou une implication réelle des représentants du personnel. «En ne déposant pas à temps un texte de transposition, le gouvernement prive les salariés, les représentants du personnel, les syndicats et les entreprises d’un cadre clair.»
Renforcer les conventions collectives
Bien plus qu’une question symbolique, l’Union des syndicats considère que la transposition de la directive doit même aller au-delà du strict minimum européen. «Le Luxembourg doit se doter d’un cadre ambitieux, efficace et contraignant en insistant également sur le rôle central des conventions collectives.» Ces dernières permettent en effet de réduire les inégalités en rendant les structures de rémunération plus transparentes et en protégeant plus efficacement les salariés contre les discriminations. «C’est pourquoi la transposition de la directive va de pair avec l’élaboration d’un plan d’action pour augmenter la couverture des conventions collectives, autre dossier où le Luxembourg a pris du retard.»
L’Union des syndicats OGBL-LCGB demande donc à l’exécutif de présenter «sans délai» un projet de loi élaboré en concertation étroite avec les partenaires sociaux. «L’égalité salariale ne peut pas attendre. Le gouvernement luxembourgeois a manqué l’échéance européenne. Il doit maintenant assumer ses responsabilités et corriger immédiatement le tir.»