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[Magazine] Zambie : au cœur d’un inédit temple Shaolin


Photo : afp

Le temple de Lusaka est le premier complexe du genre établi sur le continent africain. Devenu l’un des symboles les plus visibles de l’empreinte culturelle de la Chine, il marie art martial et résilience sociale. Découverte. 

De loin, le temple Shaolin situé à la périphérie de Lusaka ressemble à un mirage, un morceau de Chine transposé dans le paysage zambien où le kung-fu est roi. Puis les dragons émergent sous la pagode, leurs corps de tissus aux couleurs vives brandis sur des perches par des adolescents. Des enfants effectuent quant à eux des roulades, le tout sous les instructions de Yan Chen, leur instructeur âgé de 30 ans.

Ce vaste complexe abrite le premier temple Shaolin d’Afrique. Issu d’une tradition monastique bouddhiste d’arts martiaux, il est construit sur un terrain de 20 000 mètres carrés, à 18 kilomètres de la capitale zambienne. Celui-ci a été offert par l’homme d’affaires chinois Jiang Qingde – le coût de construction du centre culturel étant estimé à près de 6 millions de dollars.

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Ce complexe est devenu l’un des symboles les plus visibles de l’empreinte culturelle de la Chine dans un pays où l’influence de Pékin est déjà profondément ancrée grâce à des investissements dans les mines, les routes, les usines et les infrastructures. John Bwalya, troisième d’une fratrie de neuf enfants, est arrivé au temple il y a de ça trois ans. «J’ai grandi en regardant les films de Karaté Kid à la télévision et je me suis dit que je devais apprendre ça!», explique-t-il.

Sous la supervision de quatre instructeurs chinois, d’un Zambien et d’un Ivoirien, les journées des pensionnaires commencent dès 3 h du matin. Le complexe est à la fois leur école, leur terrain d’entraînement et leur foyer : ils y dorment, y étudient et s’y entraînent, ne s’en éloignant que quelques jours chaque année en décembre pour rendre visite à leur famille ou pour gagner un peu d’argent grâce à leurs spectacles.

J’ai grandi en regardant les films de Karaté Kid (…) Je me suis dit que je devais apprendre ça!

Au départ, Saulo Woonga, 18 ans, ne voulait pas venir. Sa mère l’a envoyé ici après une bagarre avec un autre garçon de son quartier. «Je tabassais un autre gars… Du coup, ma mère a décidé que je devais aller au temple Shaolin», raconte-t-il. Mathews Mafulu, également âgé de 18 ans, est venu ici pour échapper au harcèlement. Le kung-fu l’a transformé, le rendant «en pleine forme, créatif et un peu plus fort», témoigne-t-il.

Ce dernier, qui vit depuis cinq ans au temple, ne considère pas la présence chinoise autour de lui comme une intrusion. «Ce n’est pas comme si les Chinois étaient en train de prendre le contrôle de la Zambie… C’est plutôt un échange culturel. Nous apprenons de nouvelles choses des Chinois et nous leur enseignons également de nouvelles choses sur l’Afrique», assure-t-il. Deuxième producteur de cuivre d’Afrique et huitième au monde, le pays de 22 millions d’habitants est historiquement proche de Pékin, qui y domine les investissements miniers.

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Au temple Shaolin, les routines matinales, acrobaties et danses du dragon attirent des millions de vues sur TikTok et Douyin, la version chinoise de la plateforme. Ronald Mwale, 26 ans, est l’une de ses figures. Lui qui parle désormais le mandarin et se fait appeler Hang Shao s’est rendu quatre fois en Chine et se prépare à y passer un an. Ses vidéos, qui retracent la vie au sein du temple, ont fait de lui une véritable star sur les réseaux sociaux, lui permettant d’attirer plus de 615 000 abonnés sur TikTok.

Pourtant, à son arrivée, il ne s’intéressait pas vraiment à la Chine. «Tout ce qui m’intéressait, c’était l’entraînement aux arts martiaux!», explique-t-il en regardant de jeunes élèves s’entraînant au wushu, le terme chinois désignant les arts martiaux, connus en Occident sous le nom de kung-fu. Aujourd’hui, ses ambitions s’étendent bien au-delà du terrain d’entraînement. Il espère devenir acteur et a déjà joué dans son premier film, diffusé en mars sur YouTube, avec près de 500 000 vues.

Après l’entraînement, les élèves entrent en file indienne dans le temple. Vêtus de robes orange et jaune, ils s’inclinent devant les autels bouddhistes et psalmodient des prières sous des plafonds richement décorés, peints en rouge, bleu et or. Pour Chen, qui est arrivé en Zambie en 2022 après avoir grandi dans une communauté pauvre en Chine, le temple représente bien plus que les arts martiaux pour ses jeunes pensionnaires : «Cela leur donne de l’espoir!». 

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