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[Magazine] Bars audiophiles : pour le plaisir des oreilles


Photo : pinterest

Boire un verre, discuter, mais surtout écouter : les bars audiophiles revendiquent l’écoute attentive et de qualité face à la généralisation du streaming. Découverte d’une tendance mondialisée, de Londres à Paris en passant par New York. 

Les mélomanes allergiques aux concerts ont un nouveau repaire : venus du Japon, des bars audiophiles se taillent un petit succès en proposant des sessions d’écoute d’albums au calme, magnifiées par un équipement hi-fi indépassable. Avec leurs salles insonorisées et du matériel audio à plusieurs centaines de milliers d’euros, ces lieux promettent ainsi une expérience sonore proche du live mais dans le confort d’un canapé molletonné, avec une attention décuplée sur la musique. «Ça pousse vraiment à prendre le temps d’écouter chaque mot, chaque instrument, chaque note!», raconte Camille Calloch, 31 ans, en quittant le bar parisien Listener où elle vient d’assister à une session dédiée à la star britannique de la neo-soul Sampha.

Installé au cœur de la capitale, ce bar mise sur le très haut de gamme avec des équipements d’une valeur de 200 000 euros, dont des enceintes monumentales de la société grecque Tune Audio qui révèlent le son cristallin d’une cymbale ou la pulsation d’une ligne de basse. «On est sur un rapport complètement différent à la musique», selon Jérôme Thomas, cofondateur du Listener. «On n’est plus dans la consommation un peu rapide comme on l’a aujourd’hui avec le streaming et les oreillettes.» «On voulait vraiment que chacun puisse prendre le temps de redécouvrir le travail de ses artistes préférés», explique-t-il.

Selon lui, les sessions d’écoute dans ses murs peuvent bluffer les fans les plus aguerris. «On voit les gens remonter avec un sourire en disant : « Je pensais connaître par cœur ce titre que j’écoute depuis quinze ans. J’ai entendu de nouvelles instrumentations. J’ai entendu le mix de l’ingénieur du son »», raconte encore Jérôme Thomas. Dans ces bars audiophiles, le MP3 qui compresse les sons n’est clairement pas le bienvenu. Ici, le vinyle et sa patte analogique règnent en maître et le son transite par des câbles dernier cri vers des amplis à lampe vintage, face auxquels les enceintes bluetooth font pâle figure.

C’est une expérience radicalement différente de celle que vous vivez dans des salles de concert ou des clubs

À New York aussi, cette hype des «listening bars» déferle parallèlement au relatif déclin du clubbing qui touche la ville comme d’autres métropoles. «Ces lieux ont connu un véritable boom!», assure Dan Wissinger, copropriétaire du bar new-yorkais Eavesdrop, qui compte une salle d’écoute «studieuse» et une autre plus «sociale», toutes deux équipées de matériel dernier cri qu’on retrouve traditionnellement dans les festivals ou les clubs. «Dans aucune des deux salles, on ne dit aux gens de baisser la voix», assure-t-il, mais le son doit toujours avoir la vedette.

«Un bar audiophile se doit d’avoir des aménagements acoustiques sans quoi, c’est du flan!», assure Dan Wissinger. «S’il n’y a pas une bonne isolation phonique dans un endroit qui accueille du public, ce n’est pas la musique que vous entendrez en premier ». À Londres, qui compte parmi les premiers bars audiophiles en Europe comme le Brillant Corners ou le Jumbi, un nouveau venu, Hidden Grooves, a été intégré à un hôtel du groupe Virgin. En son sein : une collection de 5 000 vinyles et des enceintes à près de 60 000 euros l’unité qui portent le savoir-faire centenaire du fabricant britannique Tannoy.

«Un vrai bar audiophile coche toutes les cases pour ceux qui cherchent à ressentir la musique», déclare Neil Aline, directeur du divertissement culturel chez Virgin. Comme bien d’autres, cet ancien DJ organisateur de soirées n’oublie pas de rendre hommage à ceux qui ont lancé la tendance, les «jazz kissa» du Japon, des bars nés dans les années 1930 où on pouvait paisiblement écouter du jazz et qui ont perduré aujourd’hui. «Quand j’étais en tournée, j’entrais dans ces bars à Tokyo et Kyoto et je me disais : « waouh, c’est hallucinant »», se souvient-il. «Écouter la musique de cette manière, c’est vraiment une expérience radicalement différente de celle que vous vivez dans des salles de concert ou des clubs.»

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