L’Open-Air 2026 a démarré mercredi. Sept concerts, sept artistes et autant d’anecdotes. Aujourd’hui, retour sur Jamiroquai et les coulisses du clip culte Virtual Insanity.
Si Jamiroquai est resté plutôt discret depuis la sortie d’Automaton (2017), on se souviendra d’une petite vidéo publiée le 7 janvier 2021 et largement partagée sur les réseaux sociaux : sourire moqueur, Jay Kay, le leader du groupe, y règle ses comptes avec ceux qui croyaient l’avoir vu, la veille, prendre d’assaut le Capitole à Washington. «Aucun lien avec ces tordus», dit-il, encore moins avec le «QAnon Shaman», si ce n’est la coiffe façon viking, qui rappelle évidemment la célèbre silhouette de «l’homme buffle» qui sert de logo au groupe.
L’anecdote met en relief la nature étrange du groupe – dont l’un des instruments signature est… le didjeridoo –, incarnée par les paradoxes assumés de son «frontman». Après tout, Jay Kay, originaire de la banlieue de Manchester, s’exprime avec un accent du sud de Londres, soutient la cause environnementale tout en étant fou de voitures de course (au point de posséder jusqu’à cent Ferrari), et, musicalement parlant, fait infuser l’imprévisible dans un son «acid funk» parfaitement reconnaissable.
Accents, Ferrari et bizarreries sonores sont à la base de l’emblématique Travelling Without Moving (1996), depuis consacré comme l’album funk le plus vendu de l’histoire (plus de 11 millions de copies), et dont le tube Virtual Insanity prouve le caractère intemporel. Inspirée par les quartiers souterrains des métropoles japonaises, la chanson touche aussi à l’effondrement écologique, la surpopulation ou l’intelligence artificielle, la rendant toujours plus actuelle dans un monde «gouverné par notre amour pour les déformations inutiles de nos nouvelles technologies», comme elle le prédisait il y a 30 ans.
Comme sur des roulettes
Tourné à l’été 1996, quelques jours seulement avant la sortie du disque, le clip de Virtual Insanity repose sur un concept présenté au réalisateur Jonathan Glazer : Jay Kay chante et danse dans une pièce dont le sol serait fait de tapis roulants, donnant ainsi l’impression de glisser – le tout en plan séquence. Glazer, pas encore l’auteur renommé de Birth, Under the Skin ou The Zone of Interest, mais un garçon issu du cinéma expérimental avide de nouveaux défis, est partant.
L’idée initiale, trop onéreuse et «techniquement impossible», est abandonnée, mais le réalisateur trouve la solution : plutôt que faire bouger le sol, c’est la pièce toute entière qui bouge. On surélève le plateau de tournage, placé au passage sur des roulettes, on fixe la caméra au mur et on fait de même pour les meubles, que les techniciens dévissent ou revissent en direct pour faire bouger les objets indépendamment. Le clip est composé de quatre plans, habilement reliés pour donner l’impression d’une seule prise continue. L’illusion, parfaite et sans recours aux effets spéciaux, est toujours aussi renversante.
Jamiroquai.
Le 7 juillet à Luxexpo Open Air.
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