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Le dessin de presse en débat ce jeudi soir à la KuFa

La Kulturfabrik reçoit ce jeudi soir Willem, Besse, Samson et Pakman pour une rencontre-débat dédiée aux dessinateurs de presse et, à travers eux, à la liberté d’expression.

Dans le milieu culturel, on le sait, un projet peut facilement en amener un autre. La preuve avec cette rencontre-débat-présentation de collection autour des dessinateurs de presse, proposée ce soir par la Kulturfabrik, née en avril de l’année dernière lors de la venue à Esch d’une partie de l’équipe de Charlie Hebdo, dans le cadre du projet «Balade citoyenne».

Présente ce soir-là, Virginia Ennor venait de lancer sa collection «Les Iconovores», sur les dessinateurs de presse, avec deux premiers tomes dédiés à Coco et Samson. Elle en parle avec Serge Basso, le directeur de la KuFa, qui l’invite tout de suite à revenir avec «ses» dessinateurs.

dessin« Tout le monde était  » Charlie  » le 7 janvier 2015, mais dès le 12, beaucoup ne l’étaient déjà plus », regrette Serge Basso, le directeur de la Kulturfabrik. « Moi, je suis toujours  » Charlie « , même s’il y a, parfois, chez eux, des choses qui m’énervent. Cette liberté d’expression est fondamentale. Il faut la sauvegarder et les dessinateurs de presse sont un élément important en ce sens. »

C’est cette philosophie qui l’avait déjà poussé à inviter, il y a un an, une partie des survivants de la tuerie de Charlie Hebdo au Théâtre d’Esch. C’est cette même philosophie qui lui a donné envie de proposer, ce soir, cette rencontre-débat sur les dessinateurs de presse.

« Le dessin de presse est un enjeu politique important dans un monde de plus en plus tourné vers les nationalismes. On le voit en Russie, en Turquie, mais aussi dans l’UE, en Hongrie ou en Pologne, et on va voir ce qu’il va se passer en France », ajoute-t-il en référence à la toute prochaine élection présidentielle. « La liberté d’expression et ce côté iconoclaste des dessinateurs de presse, cet aspect « on veut rire de tout et on ne respecte rien », tout en respectant beaucoup l’humain et l’humanité, à travers l’humour, ça m’intéresse. »

Alors, quand il a vu l’opportunité de faire revenir Virginia Ennor et qu’elle amène avec elle un grand nom du dessin de presse comme Willem – dont les dessins sont parus dans Hara-Kiri , Charlie Hebdo , Libération ou encore Siné Mensuel , et dont le travail a été salué par le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2013  –, le directeur du centre culturel eschois n’a pas hésité longtemps. C’est donc ce soir que se tiendra cette nouvelle rencontre sur les dessinateurs de presse, avec également Besse, Samson et Pakman. Annoncé au départ, Faujour, ne pourra finalement pas faire le déplacement.

« On a à la fois la jeune génération avec Besse et Pakman, Pierre Samson qui est de la génération intermédiaire et Willem qui est un grand monsieur », résume, heureux, Serge Basso.

« Ils sont plusieurs, ils écrivent tous dans des journaux différents pas nécessairement de même obédience, ils ne sont pas de la même génération, quand on aime le dessin de presse on ne peut pas rater un grand nom comme Willem, et puis les enjeux du dessin de presse ne sont pas les mêmes qu’il y a quelques années» , répond le responsable quand on lui demande l’intérêt particulier de cette rencontre alors qu’il y en a déjà eu d’autres au Grand-Duché dans un passé assez proche : ne serait-ce qu’avec la venue de l’équipe de Charlie Hebdo au Théâtre d’Esch l’an dernier, celle de Plantu à Neimënster en 2014 ou celle de Kroll, en février de cette année, toujours au CCRN. « Et puis, il y a la présentation de cette collection littéraire », ajoute le maître des lieux.

Une liberté en «nette régression»

Pendant cette soirée, Virginia Ennor présentera donc sa collection «Les Iconovores», les quatre tomes déjà parus depuis l’an dernier ainsi que les deux tout fraîchement sortis de presse dédiés à Pakman et Willem et intitulés respectivement Pakman, rouge sans et humour noir et Willem, printemps cannibale . Serge Basso invitera ensuite les quatre dessinateurs à « présenter leur travail, leur cheminement personnel, leur philosophie, les sujets sur lesquels ils dessinent et comment ils dessinent », mais l’idée est avant tout de créer une discussion ouverte avec le public.

« Moi ce qui m’intéresse, c’est qu’on discute sur ce que c’est d’être dessinateur de presse aujourd’hui, quels sont les enjeux, jusqu’où ils peuvent aller, etc. , reprend Serge Basso. C’est un grand enjeu démocratique! » Pas de session de dessin au programme donc, mais l’organisateur ajoute  : « Ce n’est pas prévu, mais avec des dessinateurs, on ne sait jamais ce qu’ils vont faire, s’ils vont vouloir dessiner ou pas. Ce sera à eux de voir .»

Bref, ce sera une discussion sur l’importance du dessin de presse et son rôle dans la société. Et, par conséquent, sur la liberté d’expression. Une liberté sinon en danger, du moins en « nette régression », reprend Serge Basso.

« Quand Gotlib publiait ses Rhâ-gnagna dans Fluide Glacial , avec des dieux à poil qui faisaient l’amour entre eux ou quand la grande équipe de Cavanna dans Charlie publiait des trucs incroyables, ça ne choquait personne. Mais paradoxalement, aujourd’hui, ça pose des problèmes et il y a eu des morts .»

Pourtant, note le directeur de la KuFa, ces dessinateurs « remettent, avec humour, en cause nos certitudes et nous font réfléchir. Ils profitent de la liberté d’expression dont nous disposons pour dire ce qu’ils veulent et ils n’empêchent personne de dire le contraire. Ils n’interdisent à personne de se mettre à genou ou se prosterner devant une idole qui a réussi. Mais rire de ça, c’est aussi rire de soi. Et ce n’est pas toujours simple. Tous ces gens dogmatiques et bornés, qu’ils soient staliniens pratiquants ou catholiques militants, persuadés qu’ils ont raison, ne peuvent pas entrer dans cet humour. Tant pis pour eux. Moi, j’aime les gens qui ne sont pas dogmatiques et qui savent se moquer d’eux-mêmes », conclut-il.

Cette rencontre-débat se tiendra au Kinosh. Elle ne pourra dont accueillir que quelque 80  personnes. Comme la soirée est gratuite, il pourrait être prudent d’arriver tôt.

Pablo Chimienti

Kulturfabrik – Esch-sur-Alzette. Ce jeudi 20 avril à 20  h. Les six tomes des «Iconovores» seront en vente sur place. http://criteres-editions.com/31-les-iconovores

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