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Festival Zeltik : « une explosion de musicalité » samedi à Dudelange


Avant son retour au Zeltik de Dudelange, samedi, Carlos Núñez, un des plus célèbres représentants de la musique celtique au monde, s'est ouvert au Quotidien.

Carlos Núñez est, cette année encore, la tête d’affiche du festival Zeltik qui se déroulera ce samedi à Dudelange. Interview d’un des plus célèbres représentants de la musique celtique au monde.

Artiste majeur de la musique celtique et de la world music par sa capacité à effacer les frontières, aussi bien nationales que musicales, Carlos Núñez repousse sans cesse, depuis ses débuts il y a vingt ans, les limites de ses instruments: la cornemuse galicienne (la gaïta) la flûte et l’ocarina.

Alors qu’il a vendu plus d’un million de disques à travers le monde, et joué avec de grandes stars telles que Roger Hodgson, Noa ou encore la Vieja Trova Santiaguera, le Galicien aime revenir à Dudelange où il se sent comme en famille.

CARLOSNUÑEZ-15-CAMESELLE.jpgSamedi vous revenez à Dudelange pour le festival Zeltik. C’est la sixième fois que vous êtes à l’affiche, c’est le record pour un invité international. Qu’est-ce qui dans cette manifestation vous plaît au point de revenir aussi souvent?

Carlos Núñez  : C’est un festival vraiment spécial. On sent qu’il y a une âme. On se sent en famille. Je connais bien les organisateurs, ils sont devenus des amis, mais on sent aussi qu’il y a plein de bénévoles qui aiment le festival et la musique celtique et puis il y a un public fidèle. Tout ça est très important pour les artistes.

En ce qui me concerne, en plus, je peux vraiment dire que j’ai grandi avec ce festival. Je me souviens, au début, c’était avant tout une belle soirée festive, mais année après année, les organisateurs ont réussi à garder le côté festival, mais en ayant désormais un super son et en proposant une affiche qui explore des répertoires intéressants pour le public. Ainsi, le festival peut réunir celui qui cherche la très haute qualité musicale, celui qui aime l’exploration et la rencontre et celui qui vient juste pour faire la fête.

Bref, c’est parfait. D’autant que c’est un festival où on rencontre beaucoup de monde, les autres musiciens, mais aussi le public avec qui on va boire quelques verres après le concert. C’est le festival idéal.

Pour les non-experts, quand on parle de Celtes ou de musique celtique, on pense à l’Irlande, l’Écosse ou la Bretagne. Quelle est la place de votre région, la Galice, dans ce monde de la musique celtique?

On parle de musique celtique depuis des siècles. On sait que les Celtes faisaient de la musique, mais en fait on en sait très peu sur cette musique. C’est d’ailleurs toujours un sujet d’étude pour les archéologues et les musicologues. Une théorie dit qu’il y a une continuité dans la culture et dans les langues celtiques.

Et la Galice appartient à cet univers celtique depuis que des Irlandais ont publié le livre The Book of Conquests (NDLR  : Lebor Gabála Érenn en irlandais datant selon les différentes estimations du VIII e ou du IX e siècle) un livre dans lequel les moines irlandais écrivaient toutes les légendes, jusque-là orales, des Celtes. Un livre qui dit que les Celtes sont arrivés en Irlande et en Écosse en venant de la Galice.

Et avant ça, ça aurait été des gens qui venaient d’Égypte. Bref, ça c’est la légende. Mais les archéologues ont effectivement trouvé des pierres avec des écritures en langues celtiques dans le sud de la péninsule ibérique. Cela montrerait qu’il y a eu une présence celte sur la côte Atlantique depuis au moins 6 000 ans.

Tout ça pour dire que les Celtes n’étaient pas un peuple, mais plusieurs peuples qui partageaient une même culture. Et qu’ils ont beaucoup voyagé, ce qui fait qu’on retrouve leurs traces à plusieurs endroits de la côté Atlantique, mais aussi, par exemple, en Autriche ou en Suisse.

Et quel est aujourd’hui le lien de ces peuples celtes avec ce qu’on appelle désormais la musique celtique?

Ce qu’on appelle la musique celtique aujourd’hui n’a probablement pas grand-chose à voir avec la musique des Celtes. De la même façon que ce qu’on appelle de nos jours la musique classique n’a pas grand-chose avec la musique qu’on jouait à la période classique, à Rome ou en Grèce. Ce qu’on appelle musique celtique englobe une sorte d’imaginaire commun dans l’inspiration créative qui permet de faire constamment de choses nouvelles.

C’est un peu comme le flamenco. Personne ne peut affirmer avec certitude d’où ça vient, est-ce que ça vient d’Espagne, est-ce que ça a un lien avec le mot « flamand » et donc avec les Flandres, etc. Quoi qu’il en soit, si aujourd’hui on parle de flamenco, tout le monde sait de quoi il s’agit, on comprend de quoi on parle, de l’idée qui s’y trouve. C’est pareil avec la musique celtique.

En ce moment, vous êtes en tournée avec le spectacle « Carlos Núñez & Celtic Legends », mais à Dudelange vous venez seul, sans « Celtic Legends ». Quelle sera la différence?

Celtic Legends, c’est un groupe de danse irlandaise qui tourne avec mon groupe et moi sur toute la tournée française. Mais effectivement, il ne sera pas là pour le concert de Dudelange. Pour le Zeltik, je serai là avec mon groupe et, comme c’est pour moi un concert spécial, je vais faire venir quelques surprises d’Espagne.

De jeunes musiciens, enfin, surtout des musiciennes; de très belles musiciennes d’ailleurs. Je veux donner la possibilité à la nouvelle génération de musiciens celtiques, ces nouveaux talents de la musique ibérique, de tourner, de jouer, de faire de nouvelles expériences, exactement de la même façon qu’il y a vingt ans, mes maîtres, The Chieftains, avaient fait avec moi.

Il y a d’autres collaborations spéciales prévues également à Dudelange avec des groupes à l’affiche, The Luxembourg Pipe Band et Danceperados of Ireland. Pouvez-vous nous en parler?

Absolument! On va faire une partie du set avec The Luxembourg Pipe Band. Ça va nous permettre d’obtenir le grand et beau son qu’on a réussi à avoir à quelques concerts dans des grands stades de foot comme le Stade de France. La présence d’un pipe band, avec les cornemuses et les percussions écossaises, ça permet vraiment à notre show de passer la cinquième vitesse et d’atteindre un rythme, un son, une force vraiment énormes; une énergie très rock.

Après, avec Danceperados of Ireland, qui est une troupe de danses irlandaises, on va pouvoir faire, aussi pendant une partie du spectacle, un peu ce que l’on fait lors de nos dates françaises avec Celtic Legends, c’est-à-dire marier la musique et la danse. C’est très plaisant pour les musiciens de pouvoir réunir les deux. D’autant que Danceperados est une très bonne troupe.

Musicalement, qu’allez-vous proposer, une sorte de best of de votre carrière, ou surtout des morceaux de votre dernier album, Inter Celtic ?

On va proposer un véritable voyage. Un voyage interceltique! L’interceltisme est une idée née en Bretagne il y a plus de 100 ans. L’idée est de tout réunir, pas juste l’Irlande, juste l’Écosse, juste la Bretagne, etc. C’est de faire des choses tous ensemble. Une expérience globale autour de la culture et de la musique celtique. Et c’est ce qu’on va faire. On va même voyager vers le Brésil celtique, car on a retrouvé des racines celtes aussi en Amérique latine.

D’ailleurs, la gaïta ibérique dont je joue se retrouve dans toute l’Amérique latine dans des musiques traditionnelles. On va explorer tout ça. Sans oublier les rythmes irlandais, les musiques écossaises, etc.

Tout ce qui fait la musique celtique d’aujourd’hui, qui est une musique très ouverte, universelle, bien consciente de tous les mélanges et tous les contacts qui, à travers la Méditerranée, l’Atlantique, l’Amérique, etc. en ont fait ce qu’elle est aujourd’hui; une musique avec de très belles mélodies, des sonorités qui surprennent, qui font rêver. Une véritable explosion de musicalité!

Pablo Chimienti

Festival Zeltik. Samedi 12 mars à partir de 18h30 à l’annexe Alliance du lycée Nic-Biever de Dudelange. Également à l’affiche  : Bodh’aktan, The Levellers, Baltic Sea Child, Danceperados of Ireland, The Luxembourg Pipe Band, Beoga et Schëppe Siven.

www.zeltik.lu

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