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Décès de Linda Brown, symbole de la lutte contre la ségrégation raciale


Le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis a jugé à l'unanimité que la ségrégation scolaire était contraire à la Constitution. Linda Brown, au centre, est devenue la figure de cette lutte. (photo AFP)

Linda Brown, une Noire américaine dont le refus d’inscription par une école publique du Kansas a débouché en 1954 sur l’interdiction de la ségrégation raciale dans les écoles des États-Unis, est morte à 76 ans.

« Elle est un exemple de la façon dont des écoliers ordinaires ont occupé le devant de la scène pour transformer ce pays », écrit lundi dans un communiqué annonçant son décès Sherrilyn Ifill, une responsable de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). « Linda Brown fait partie de ces jeunes gens héroïques qui, avec sa famille, se sont courageusement battus pour mettre fin au symbole ultime de la suprématie blanche –la ségrégation raciale dans les écoles publiques », ajoute la responsable de cette organisation fondée en 1909 pour défendre la cause des Noirs. « Ce n’était facile ni pour elle ni pour sa famille mais son sacrifice a brisé des barrières ».

Âgée de 9 ans à l’époque, Linda Brown était ensuite devenue enseignante et donnait également des cours de piano tout en travaillant avec sa sœur à la Brown Foundation fondée en 1988 pour poursuivre la lutte contre les ségrégations. Soixante-quatre ans après l’arrêt historique de la Cour suprême des États-Unis en 1954 interdisant la ségrégation scolaire – intitulé « Brown v. Board of Education » (Brown contre le Bureau de l’éducation de Topeka) -, le pays reste toutefois marqué par la discrimination, le racisme et les tensions raciales.

En 1951, Oliver Brown, qui résidait à Topeka, avait voulu inscrire sa fille dans une école proche du domicile familial, réservée aux Blancs. La petite Linda avait été refusée au prétexte qu’elle était noire et l’écolière avait été forcée d’aller en classe dans une école noire nettement plus éloignée. A l’époque, la plupart des États du Sud avait la possibilité de séparer ainsi les élèves noirs et blancs. Le père de Linda Brown avait alors contesté en justice, dans une plainte en nom collectif, cette loi du Kansas qui autorisait les villes de plus de 15 000 habitants à établir des écoles séparées.

Des murs difficiles à abattre

Cette longue procédure a été soutenue et portée par la NAACP et s’est conclue par l’une de ses victoires les plus emblématiques, devenue également une date phare du mouvement des droits civiques : le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis a jugé à l’unanimité que cette ségrégation scolaire était contraire à la Constitution. Pour Sherrilyn Ifill, c’était la « décision de la Cour suprême la plus importante du XXe siècle ». Mais l’arrêt « n’a pas abattu instantanément ni sans douleur les murs qui divisaient tant notre pays », avait noté en 2014 le ministre américain de la Justice, Eric Holder.

En 1957, le président Dwight Eisenhower avait dû envoyer l’armée au lycée central de Little Rock, dans l’Arkansas, pour permettre à des élèves noirs d’intégrer l’établissement. Pour contrecarrer la ségrégation de fait qui perdure est instaurée une politique de transport des élèves dans des écoles d’autres quartiers, contestée même vingt ans après l’arrêt Brown. Le gouverneur du Kansas Jeff Colyer a estimé sur Twitter que « la vie de Linda Brown nous rappelle que parfois ce sont les personnes les plus inattendues qui peuvent avoir un impact incroyable et qu’en servant notre communauté nous pouvons réellement changer le monde ».

« L’arrêt Brown a fait de l’Amérique un rayon d’espoir pour le reste du monde, il nous a appris que grâce à la loi, nous pouvions mettre fin à un système de caste basé sur la race et oppressif », a réagi pour sa part l’Union américaine pour les libertés civiques. « Aujourd’hui nous rendons hommage à Linda Brown et à tous les combats qu’il nous reste à gagner », a ajouté cette organisation.

Le Quotidien/AFP

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