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Vignes : «Vers une année plutôt précoce»


Si la sécheresse perdure, Jean-Marie Vesque alimentera l’irrigation goutte à goutte de ses jeunes vignes. (Photo : Erwan Nonet)

Jean-Marie Vesque (domaine Cep d’or, à Hëttermillen) ne s’inquiète pas encore du manque d’eau dans les vignes. Mais un peu de pluie ne ferait pas de mal…

Il pleut très peu depuis le début de l’année, est-ce problématique pour les vignes?

Jean-Marie Vesque : Non, pas encore. Les vignes poussent toujours et leur croissance est même rapide en ce moment. C’est donc que le sol possède des réserves d’eau encore suffisantes et que les nuits sont de plus en plus chaudes.

Vous possédez beaucoup de jeunes ceps, plantés l’année dernière sur les coteaux remembrés de Stadtbredimus. Ils supportent bien cet apport en eau limité?

En un an, ces ceps ont déjà pu ancrer un peu leurs racines et, jusqu’à présent, ils ne souffrent pas. Mais mes collègues qui viennent tout juste de planter de nouvelles parcelles vont être obligés de les arroser pour qu’elles résistent, c’est certain.

Vous avez équipé certaines de ces jeunes vignes avec des systèmes d’irrigation goutte à goutte. Sont-ils déjà en marche?

Non pas encore. Si on les arrose trop tôt, ils vont s’habituer et seront dépendants de cet apport d’eau. La vigne est une plante qui a besoin d’un certain stress hydrique pour bien se développer. Si elle manque d’un peu d’eau, ce n’est pas plus mal.

Si l’on suit ce rythme, les fleurs apparaîtront autour du 10 juin

Pourquoi certaines parcelles sont dotées de ces systèmes et d’autres pas?

Cela dépend de l’orientation. Les coteaux qui sont les plus ensoleillés – ceux qui se tournent vers la Moselle et le sud – sont équipés parce que ce sont ceux qui subiront les plus fortes chaleurs. J’ai également installé ce système dans les vignes qui sont exposées aux vents. Cette semaine, il y a souvent eu ce vent nordique qui assèche très vite la terre. C’est un phénomène qu’il ne faut pas négliger.

Cette terre sèche vous force-t-elle à adapter le travail du sol, qui est plus difficile à manipuler lorsqu’il manque d’eau?

Pas vraiment. Nous avons mis beaucoup de matière organique et comme on ne l’a pas encore fraisée, elle couvre la surface, ce qui limite l’évaporation de l’eau contenue dans la terre.

La chaleur de ces dernières semaines a provoqué une forte croissance des herbes semées entre les rangées de vignes. Poussent-elles trop vite?

Les herbes que nous semons entre les rangs ont beaucoup poussé, c’est vrai. Elles font jusqu’à 40/50 cm, j’en ai déjà coupé lorsqu’elles entrent trop en concurrence avec la vigne. L’enherbement est important (NDLR : notamment pour la biodiversité), mais si les ressources en eau sont limitées, c’est la vigne qui prime. Et puis, ces herbes coupées restent au sol et elles forment aussi une bonne couverture à la surface du sol.

Par contre, je ne suis pas sûr que ceux qui voulaient semer des herbes ce printemps le fassent, parce qu’avec cette météo-là, les graines risquent de ne pas germer. Je préfère semer les herbes soit juste avant, soit juste après les vendanges. Les chances qu’elles poussent sont meilleures.

Si la météo se maintient, à quand estimez-vous la floraison des vignes? Une date importante qui prédétermine celle des vendanges, environ 100 jours plus tard…

Si l’on suit ce rythme, les fleurs apparaîtront autour du 10 juin. Cela voudrait dire que l’on s’orienterait vers une année plutôt précoce (NDLR : en moyenne, les fleurs naissent plutôt autour de la fête nationale, mais elles sortent de plus en plus tôt, avec un record en 2017 et 2018 au 1er juin). A priori, nous avons échappé au gel mais peut-être que notre plus grand problème, cette année, sera la sécheresse… Ça change de l’année dernière!

Pas de conclusions hâtives…

Selon la station météo du ministère de l’Agriculture placée à Remich, le total de précipitations entre les mois de janvier et d’avril est de 248,5 mm. C’est moins qu’en 2021 (258,7 mm), qu’en 2020 (276,5 mm) et qu’en 2018 (274 mm), mais plus qu’en 2019 (235,9 mm) et qu’en 2017 (avec un total extrêmement bas de 111,4 mm).

Ces millésimes récents illustrent que si la période est importante, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives non plus. En 2018, par exemple, l’hiver et le printemps avaient été très humides et cela avait été une chance, tant l’été avait été marqué par la chaleur et la sécheresse. Les réserves en eau créées à la saison froide avaient été précieuses.

A contrario, les premiers mois de l’année 2017 avaient été très secs (et marqués par des épisodes de gel très sévères), mais l’été avait été particulièrement arrosé.

En France, la sécheresse inquiète presque partout

Dans la plupart des régions viticoles françaises, le manque d’eau commence à inquiéter les viticulteurs. Avec 70 mm de précipitations depuis le début de l’année seulement dans certains coins de Provence et 85 mm dans la vallée du Rhône, le développement des ceps est déjà ralenti.

Les conséquences de la sécheresse sont aggravées par le fait que l’hiver, très sec lui aussi, n’a pas permis au sol de faire les réserves dans lesquelles les racines devraient puiser aujourd’hui. Ces constatations valent aussi pour l’Alsace.

Dans le Bordelais ou dans la Loire, l’hiver très humide compense ce début d’été plutôt aride et l’heure n’est pas au catastrophisme. Par précaution, les vignerons limitent toutefois souvent l’enherbement à un rang sur deux, pour limiter la concurrence entre les vignes et les herbes.

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