Accueil | Editoriaux | Une vaine médiation

Une vaine médiation

Le Luxembourg fait partie des pays à ne pas avoir complètement rompu les ponts avec Moscou après l’invasion à grande échelle de la Russie en Ukraine. Le maintien d’une ambassade n’empêche pas que les relations soient tendues. Elles le sont encore davantage depuis ce jeudi après la convocation par le ministère russe des Affaires étrangères de l’ambassadeur luxembourgeois.

Le diplomate s’est vu exprimer une «vive protestation» concernant le rapatriement depuis le Luxembourg et l’inhumation près de Kiev de la dépouille d’un nationaliste ukrainien, Andriï Melnyk, qui était à la tête d’un groupe ayant combattu les Soviétiques et collaboré avec l’Allemagne nazie.

Le feu vert du Luxembourg constituerait «un mépris de la mémoire historique des millions de victimes de la Seconde Guerre mondiale» ainsi qu’«une complicité dans la glorification des nazis et de leurs collaborateurs». Une accusation grave et inacceptable qui doit porter un coup de massue aux contacts encore existants.

La guerre d’agression menée depuis 2022 contre l’Ukraine a mis fin aux échanges étroits entre les deux pays. En mars 2019, l’ancien Premier ministre russe Dmitri Medvedev – qui menace aujourd’hui l’Europe de frappes nucléaires – avait pourtant été reçu en grande pompe au Luxembourg. Son homologue Xavier Bettel s’était alors proposé comme médiateur entre la Russie et l’UE, mais aussi entre Moscou et Washington.

Vladimir Poutine avait déjà annexé la Crimée et la guerre faisait rage dans le Donbass. Donald Trump occupait une première fois la Maison-Blanche et mettait, via son ambassadeur, la pression sur le Luxembourg pour appeler «avec force» la Russie à quitter la Crimée. Le ton est tout autre aujourd’hui chez Donald Trump, prêt à sacrifier des territoires ukrainiens pour arracher un semblant d’accord de paix.

Une raison de plus pour le Luxembourg de rester droit dans ses bottes, sans tomber dans les pièges russes. Dans ce contexte, la sortie de Xavier Bettel proposant Jean-Claude Juncker comme médiateur européen entre Kiev et Moscou laisse perplexe. Vladimir Poutine cherche précisément à gagner du temps en poussant l’UE à débattre de noms plutôt qu’à accentuer encore la pression militaire, financière et économique sur le Kremlin.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.