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Idea : une économie fragile face au choc au Moyen-Orient


Sans la place financière comme bouée de sauvetage, l'économie demeure plus que jamais exposée aux crises selon IDEA. (Photo : editpress/hervé montaigu)

Dans son avis annuel 2026 publié mercredi, le think tank Idea dresse le constat d’une économie luxembourgeoise en perte de vitesse depuis quatre ans et fragilisée face aux tensions géopolitiques actuelles.

Manque d’harmonie, désaccord ou encore décalage, c’est ce que désigne, au sens figuré, la dissonance. Employé au pluriel, ce terme a été choisi par le laboratoire d’idées Idea afin de nommer son avis annuel 2026 sur la conjoncture économique luxembourgeoise et internationale publié ce mercredi. Constitué de près de 90 pages, Dissonances illustre l’écart entre les prévisions optimistes et la réalité plus instable, comme l’avait déjà fait le précédent rapport.

«L’année dernière, à cette même époque, nous avions vécu l’annonce de la guerre commerciale et du « Liberation Day » lancés par les États-Unis qui nous avaient secoué et déboussolés, d’où le titre de notre avis pour 2025», a rappelé hier Vincent Hein, le directeur d’Idea, lors de la conférence de presse de présentation.

Cette année, c’est au tour du conflit au Moyen-Orient de bousculer l’actualité mondiale. Tandis que les gouvernements non impliqués discutent encore d’éventuelles interventions dans le détroit d’Ormuz (lire ci-dessous), «il est très difficile d’anticiper les conséquences sur l’économie mondiale, comme en 2025, mais il est clair que les risques de ralentissement sont considérables». Le directeur d’Idea évoque ainsi «un nouveau choc d’incertitudes qui prolonge cette phase de polycrises qui a commencé avec la pandémie de covid en 2020».

Une reprise «homéopathique menacée»

Ce «cycle inflationniste via le canal énergétique, puis le canal alimentaire et industriel» ne profite évidemment pas au Grand-Duché, dont la conjoncture est loin d’être florissante. Quatre ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, la fragilité de l’économie nationale est telle qu’elle peine à retrouver le chemin de la croissance. Dans leur avis, les économistes d’Idea décrivent une «reprise homéopathique déjà menacée» par les conséquences du conflit au Moyen-Orient.

Depuis le rebond impressionnant de +6,9% du PIB à la sortie de la pandémie en 2021, la croissance luxembourgeoise est plutôt morose. «Sur les quatre dernières années, nous avons eu, en moyenne, 0% de croissance. Le PIB estimé de 2025 est au même niveau que celui de 2021», souligne Vincent Hein.

Avec une estimation de 0,5% de croissance pour 2025, «on ne peut pas dire que l’économie luxembourgeoise se repositionne dans une reprise franche». L’année dernière, la valeur ajoutée brute (en volume) des secteurs de la construction, du commerce, des transports et l’industrie était négative, tandis que les chiffres étaient au vert notamment pour l’Horeca (+5,9%), l’information et la communication (+5,6%), l’enseignement (+4,3%) et la santé (+3,9%).

Le léger redressement de 1,1% constaté pour le secteur financier et d’assurance est également l’un des rares bons signes, mais demeure insuffisant, puisque la valeur ajoutée reste loin du niveau de 2021, supérieur de 12%. Et compte tenu du contexte actuel, «des indicateurs vont probablement freiner cette reprise de la place financière pour le premier semestre 2026», prévient le directeur d’Idea.

Un décrochage historique

Dans son avis annuel, le think tank tient notamment à mettre en avant un constat : le Grand-Duché ne surclasse plus la zone euro. «Ceci est quelque chose d’inhabituel dans l’histoire économique récente du Luxembourg», regrette Vincent Hein, qui rappelle que lors des derniers chocs mondiaux (crise des subprimes en 2008, crise des dettes souveraines en 2012, crise du covid en 2020), «l’économie luxembourgeoise creusait un écart de croissance par rapport à la zone euro en sa faveur».

Depuis 2022, la tendance s’est inversée à cause de l’évolution moins favorable de quelques secteurs (industrie, énergie, commerce, construction, services aux entreprises) et «parce que la place financière n’a pas joué son rôle habituel de bouée de sauvetage». Déjà mentionné dans les avis précédents, le «grand ralentissement s’est amplifié depuis 2022 et entre dans une nouvelle dimension».

De quoi renforcer la nostalgie d’un âge d’or révolu ? C’est en tout cas le sentiment qui ressort du consensus annuel réalisé par Idea à partir des réponses récoltées auprès de 114 décideurs politiques, partenaires sociaux ou économistes. Intitulé «Yesterday», le «consensus démontre une résignation face au ralentissement prolongé de l’économie». Aucun des répondants n’imagine le retour d’une croissance telle que connue entre 1996 et 2007, tandis que leurs anticipations se sont détériorées. 48 % d’entre eux voient un ralentissement économique sous 1,5 % de croissance entre 2026 et 2031, contre 1,9% l’an passé.

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