La santé mentale n’étant plus un tabou, les personnes en difficulté cherchent de l’aide, et en pleine pénurie de psychologues, les bénévoles de SOS Détresse sont plus sollicités que jamais.
En 2025, l’association d’écoute et de soutien émotionnel SOS Détresse a réalisé un nombre record d’entretiens : 4 245 au total, soit plus de 600 appels supplémentaires par rapport à l’année précédente. Et 2026 prend le même chemin.
Preuve d’un certain changement de mentalité au sein de la société, selon François Luong, psychologue et psychothérapeute de l’équipe : «Aujourd’hui, les gens s’ouvrent plus facilement, nos chiffres reflètent cette réalité.»
«Même entourés, les gens se sentent seuls»
Au cœur des échanges, c’est la solitude et l’isolement qui dominent, avec pas moins de 200 appels supplémentaires rien que pour ces problématiques. «Les autres thèmes qui reviennent concernent les relations sociales, les troubles psychiques ou les questionnements liés à un état émotionnel intense.»
Avec un paradoxe : «Même entourés, les gens se sentent seuls. C’est un phénomène marquant. Ça peut être de jeunes adultes avec des centaines de contacts sur les réseaux sociaux, mais personne à qui parler réellement. Ou dans un couple, une personne qui ne se sent plus comprise. La solitude, c’est la sensation de ne pas être rejoint dans ce qu’on est en train de vivre.»
Les crises suicidaires en hausse
Autre fait notable, SOS Détresse rapporte une augmentation préoccupante des crises suicidaires, avec près de 200 appels (+56 % par rapport à 2024). «Certaines personnes sont en situation de crise aiguë. D’autres oscillent de manière chronique entre l’envie de mourir et l’envie de continuer à vivre. Le point positif, c’est qu’elles demandent de l’aide avant que la situation ne devienne critique.»
L’association offre un accompagnement gratuit, confidentiel et anonyme à toute personne traversant une période difficile.
- Au téléphone
Les bénévoles sont disponibles tous les jours de 11 h à 23 h et les vendredis et samedis jusqu’à 3 h du matin en appelant le +352 45 45 45. Une ligne en anglais est aussi ouverte les mercredis, samedis et dimanches de 11 h à 23 h. - Par chat
Le service de chat est disponible les lundis et jeudis de 17 h à 21 h depuis le site web de l’association. - Par e-mail
Le service est gratuit, confidentiel et disponible 24 h/24. Il suffit de créer un compte sur le site web. Réponse dans un délai de trois jours.
En cas d’urgence, contactez directement le 112.
«Notre but n’est pas forcément de résoudre un problème ou de proposer des solutions, mais d’aider la personne à retrouver un peu de souffle, de perspective, la force de traverser la journée. Parfois, c’est juste en étant présent pour l’autre qu’on est le plus utile.»
ChatGPT, un réflexe risqué
Lancé en 2024, le service de chat a trouvé son public : les conversations sur ce nouveau canal ont plus que doublé. «Avec les messages, il n’y a pas le stress de l’échange direct, on a aussi plus de temps pour formuler ses réponses.»
Par ailleurs, de plus en plus de personnes ont désormais le réflexe de solliciter l’IA. «Aujourd’hui, certains de nos appelants parlent à l’intelligence artificielle avant de parler à un ami, un psychologue ou à un service d’écoute comme nous», poursuit François Luong.
«Pour moi, il y a quand même un très gros risque derrière cette pratique, car il n’est pas exclu que des utilisateurs ayant des pensées suicidaires soient encouragés à passer à l’acte.»
Pour le psychologue, si l’IA peut assurer une fonction de soutien au quotidien, ce n’est pas un outil adapté pour aborder des problèmes psychologiques profonds. «Par curiosité, j’ai moi-même testé quelques conversations avec ChatGPT et, heureusement, il a fini par me conseiller de contacter un professionnel ou un service tel que SOS Détresse.»
En effet, le soutien humain reste indispensable : «Des appelants qui échangent depuis des semaines, voire des mois, avec ChatGPT disent que ça ne leur suffit plus. Ils ont besoin de savoir qu’une autre personne leur consacre du temps et de l’attention. Cela n’a pas la même valeur.»

61% des appels proviennent de femmes: des quinquagénaires pour la plupart, mais aussi beaucoup de trentenaires. (Photo : pexels)
Pour le psychologue, si l’IA peut assurer une fonction de soutien au quotidien, ce n’est pas un outil adapté pour aborder des problèmes psychologiques, de la détresse ou des pensées suicidaires.
«Des appelants nous disent parfois qu’ils échangent depuis des semaines, des mois, avec ChatGPT, mais que ça ne leur suffit plus. Ils ont besoin de savoir qu’une autre personne leur consacre du temps et de l’attention. Cela n’a pas la même valeur.»
Un nombre record de bénévoles
Pour répondre aux personnes en détresse, une équipe de bénévoles formés par l’association est mobilisée. Avec un engagement et une motivation remarquables : pour la première fois en plus de 50 ans d’existence, deux groupes ont commencé simultanément la formation de base, tant le nombre de candidatures était élevé.
«Sans eux, rien ne serait possible», reconnaît François Luong. «On a des étudiants, des actifs qui font ça sur leur temps libre, des jeunes retraités, des personnes plus âgées aussi, c’est assez représentatif de la société. Ils veulent agir, se sentir utiles pour quelqu’un, après avoir traversé eux-mêmes des épreuves de la vie.»
- 83 bénévoles actifs se sont engagés avec SOS Détresse
- 67 bénévoles ont assuré en alternance le service d’écoute téléphonique,
dont 17 au sein de l’équipe anglophone - 7 participants aux groupes de formation 2024 ont rejoint l’équipe
- 11 bénévoles assurent l’aide en ligne