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Le député Gusty Graas part en guerre contre les mégots


Un mégot contient près de 4 000 substances toxiques. 4 300 milliards de mégots sont jetés chaque année dans la nature. (photo AFP)

Loin d’être un geste anodin, jeter un mégot de cigarette dans la nature a un réel impact sur l’environnement. Le député Gusty Graas, qui a décidé de mener la lutte dans sa commune, interpelle le gouvernement.

Le 11 juin, le député Gusty Graas (DP), également échevin de la commune de Bettembourg, adressait une question parlementaire à la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, au sujet de la problématique du recyclage des mégots, soulignant que la pollution provoquée par des millions de mégots jetés quotidiennement dans la nature au Luxembourg est un problème à prendre au sérieux.

Que les fumeurs qui n’ont jamais jeté un mégot par terre jettent la première pierre… Pourtant, ce petit geste qui n’a l’air de rien, souvent effectué sans même y penser, a des conséquences désastreuses pour la planète.

On estime en effet qu’un seul mégot de cigarette contient près de 4 000 substances toxiques et peut polluer à lui seul 500 litres d’eau. Ce petit bout d’acétate de cellulose met par ailleurs environ 12 ans à se dégrader dans la nature.

4 300 milliards de mégots jetés chaque année dans la nature

Et à l’échelle mondiale, selon diverses sources, ce ne sont pas moins de 4 300 milliards de mégots qui sont jetés chaque année dans la nature, soit 137 000 mégots chaque seconde! L’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que les mégots de cigarette représentent 30 % à 40 % des articles ramassés lors du nettoyage des côtes ou des villes.

Des chiffres alarmants, d’autant que «les stations d’épuration ont du mal à évacuer ces substances, qui se retrouvent à polluer les cours d’eau», alerte Gusty Graas, député DP et échevin de la commune de Bettembourg, qui a déposé une question parlementaire sur la problématique du recyclage des mégots en juin dernier et mis en place différentes actions dans sa commune pour tenter d’enrayer cette pollution.

«En tant qu’échevin, je suis responsable de la gestion de l’eau et des déchets, et je suis confronté quotidiennement à ce problème des mégots. Il y en a sur les trottoirs, devant les cafés… En dépit de sérieux problèmes environnementaux, je constate qu’un nombre croissant de personnes ne respectent pas la nature. Ils s’en fichent tout simplement, peut-être s’attendent-ils à ce que quelqu’un passe derrière eux. Et c’est un phénomène qui s’aggrave», déplore l’élu.

Ce phénomène dont parle le député porte un nom : le littering, ou l’abandon de déchets sur la voie publique, pratique (bien trop répandue) qui consiste à jeter par terre ses déchets au lieu de les mettre dans les poubelles (ou en l’occurrence, les cendriers) prévues à cet effet.

Avertissement taxé de 49 euros

Dans sa réponse à la question parlementaire de Gusty Graas, la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, a fait savoir qu’une «campagne de sensibilisation multimédia contre le littering» avait déjà été lancée en 2017 et annoncé qu’une nouvelle campagne, «contre le littering de cigarettes et canettes le long des routes sera relancée cet été». La ministre rappelle par ailleurs que jeter des déchets dans la nature (dont les mégots) est illégal, et peut donner lieu à un avertissement taxé de 49 euros.

«Pour lutter contre cette pollution par les mégots, il faut d’abord responsabiliser les fumeurs en poursuivant les efforts de sensibilisation», acquiesce Gusty Graas.

La commune de Bettembourg avait ainsi aussi organisé l’an dernier une semaine de sensibilisation à la question de l’abandon des déchets sur la voie publique, en particulier le littering des mégots. «Nous avions diffusé un film, distribué et placardé des affiches, et avions organisé une réunion pour les restaurateurs et les cafetiers », rappelle Gusty Graas. «Cette action a eu un certain succès, quelques-uns ont réagi en installant des cendriers devant leur établissement.»

Recycler les mégots

Autre action déjà menée il y a deux ans par Bettembourg : la mise à la disposition du public de «cendriers de poche» gratuits. «Ce sont des petites boîtes de trois à quatre centimètres, comme des boîtes à pilules, complètement isolées, dans lesquelles on peut mettre son mégot et qui se glissent facilement dans la poche.» L’opération devrait être renouvelée d’ici l’automne. «Les boîtes sont en commande», signale l’échevin, qui souhaiterait voir cette initiative reprise par l’ensemble des communes du Grand-Duché.

«Mais il faut aussi mettre en place des actions pour recycler les mégots, comme le fait l’entreprise MéGO», ajoute le député. MéGO est en effet une jeune entreprise française basée près de Brest, qui récupère des mégots auprès des entreprises pour les recycler et les transformer en matière plastique afin de créer du «zoning fumeur», telle que du mobilier assis-debout. La société, qui possède cinq concessions en France, travaille également avec un partenaire en Belgique et compte déjà parmi ses clients une compagnie luxembourgeoise, la société de télécoms Proximus.

«À ma connaissance, il n’existe pas encore d’initiative similaire au Grand-Duché», regrette Gusty Graas.

Tatiana Salvan

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