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Les détenus, des travailleurs sous-payés


Le statut du travailleur pénitentiaire doit être revalorisé de toute urgence, selon l’association qui illustre le problème avec un cas concret.  (Photo : julien garroy)

L’association «Eran, eraus… an elo?» revendique un salaire décent pour tous les travailleurs du centre pénitentiaire, largement sous-payés. Ils n’ont pas de quoi redémarrer dans la vie. Rien du tout.

La prison ignore le droit du travail qui ne s’applique pas aux détenus employés à diverses tâches. De la buanderie au garage en passant par l’imprimerie, l’atelier peinture, la cuisine ou encore l’atelier reliure. Le salaire qu’ils perçoivent est réduit à peau de chagrin, se situant entre 2,79 et 5, 66 euros de l’heure. Alors l’association «Eran, eraus… an elo?» qui accompagne les détenus à leur sortie de prison, reprend son bâton de pèlerin.

Le travail n’est pas une obligation, il est proposé aux détenus et les volontaires s’y collent. «La prison ruine les gens, ils sortent de là sans un sou en poche et c’est le principal reproche que nous formulons», explique le président de l’association, Christian Richartz. S’il lance depuis des années des pistes pour éviter la prison aux condamnés comme des peines alternatives (bracelet électronique), des travaux d’intérêt général ou des peines pédagogiques pour les primo-délinquants ou les petits criminels, cette fois, il prend la défense de ceux qui travaillent 35 heures par semaine pour un salaire qui varie entre 390,40 et 793,50 euros et illustre son propos d’un exemple concret.

Le cas de Jean-Pierre servira d’exemple. Il a 32 ans, marié et un enfant. Il était vendeur, a connu des problèmes d’endettement et d’alcool. Il a été condamné pour vol avec violence et séquestration par la chambre criminelle à douze ans de réclusion dont cinq avec sursis. Pendant sept ans, il va devoir travailler pour indemniser la partie civile à hauteur de 18 000 euros, envoyer de l’argent à sa famille, rembourser les frais de justice et des dettes personnelles.

La dépense est estimée à 48 720 euros sur sept ans alors que Jean-Pierre, avec son salaire, sortira avec un restant dû de 13 440 euros. Avec un salaire de 950 euros par mois, il sortirait avec un solde positif de quelque 36 000 euros, ce qui permet d’entrevoir une meilleure réinsertion. «En Belgique, si un détenu sort de prison avec 2 000 euros en poche, il a de quoi assurer quelques semaines, le temps d’organiser sa nouvelle vie. Mais ici, on voit, avec le cas de Jean-Pierre, qu’ils n’ont rien», se désole Christian Richartz.

En 1977, un détenu embauché à la menuiserie gagnait jusqu’à 13 000 anciens francs, soit quelque 325 euros, afin qu’il puisse bénéficier à sa sortie «d’un crédit de démarrage», comme indiqué dans le document historique fourni par l’association. La situation ne s’est pas améliorée, au contraire.

Selon les recommandations européennes, suivies par les pays voisins, «le travail des détenus doit permettre, dans la mesure du possible, d’entretenir ou d’augmenter sa capacité à gagner sa vie après sa sortie de prison». Les États membres sont fortement encouragés à fournir un travail incluant une formation professionnelle qui profiterait surtout aux jeunes.

Une usine dans la prison

L’association «Eran, eraus… an elo?» attend avec impatience (depuis un an maintenant) l’avis du Conseil d’État sur le règlement grand-ducal devant revaloriser le travail pénitentiaire. «Nous avons vu les responsables du ministère de la Justice qui attendent, eux aussi, cet avis», explique le président.

Si l’ensemble des détenus doit bénéficier de salaires plus décents, le cas particulier de la blanchisserie industrielle pose un problème aux yeux de l’association. Cette usine dans la prison, un groupement d’intérêt économique (GIE), emploie donc des ouvriers qui devraient normalement toucher le salaire social minimum. C’est en tout cas ce que revendiquaient la délégation des détenus en mai dernier parmi une liste de revendications.  Le contrat de bail et de mise à disposition de la main-d’œuvre détenue du centre pénitentiaire de Luxembourg au GIE, précise qu’il n’est établi aucun lien contractuel entre le GIE et le détenu individuel engagé dans le processus de lavage à la buanderie. Ce qui fait bondir Christian Richartz.

«C’est comme une grande marque de prêt-à-porter qui fait fabriquer ses vêtements au Bangladesh et qui se moque des conditions de travail et salarial des ouvriers parce que ce n’est pas son problème», compare-t-il.

À court, terme, il faudrait, selon l’association, rehausser tous les salaires et à moyen terme faire appliquer le code du travail au sein de la prison. «Cela ne peut pas continuer comme ça», estime Christian Richartz qui désire sensibiliser sur le sujet.

2 plusieurs commentaires

  1. Que dit la loi?

    Le détenu n’a pas le droit de toucher le salaire, pas le droit de liberté!

    Vu que l’employeur est obligé de lui licencier comme faute grave hors du travail!
    Le détenu ne peut que recevoir une miette pour la nourriture le reste ils n’en recevront plus rien c’est très logique « le coupable c’est lui qui devra payer son propre responsabilité! »

  2. Il est vrai que tout travail mérite un salaire correct. Mais dans ce cas les détenus doivent rembourser le logement, l’électricité, l’eau ainsi que les repas. Ce n’est pas aux citoyens de devoir entretenir les détenus du fait de leur débordements ou erreurs.

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