Les adolescents issus de l’immigration se déclarent moins satisfaits de leur vie que ceux nés au Grand-Duché. Un écart loin d’être une fatalité.
Être né au Luxembourg plutôt qu’à l’étranger ferait-il une différence dans le bonheur à 15 ans? Au Luxembourg, la réponse est oui. Les adolescents issus de l’immigration se déclarent en moyenne moins satisfaits de leur vie que leurs camarades nés dans le pays. L’écart atteint 0,20 point sur une échelle de 0 à 10, selon une étude du Statec en partenariat avec les universités de Rotterdam et de Manchester.
Ce résultat s’inscrit dans une tendance observée à l’échelle internationale. Les chercheurs ont analysé les réponses de plus de 750 000 élèves de 15 ans dans 42 pays, dans le cadre de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En moyenne, les adolescents issus de l’immigration affichent une satisfaction de vie inférieure de 0,31 point à celle des jeunes nés dans leur pays de résidence. Au Luxembourg, l’écart est plus marqué qu’en Allemagne (-0,16) mais moins qu’en France (-0,36).
Derrière ces chiffres se cache une réalité beaucoup plus contrastée. Dans certains pays, comme la Turquie ou le Japon, les adolescents immigrés se déclarent même plus satisfaits de leur vie que les autres. Être issu de l’immigration ne suffit donc pas à expliquer le mal-être observé chez une partie des jeunes. Pour les auteurs, le principal enseignement de l’étude se trouve dans les différences entre pays. Les caractéristiques nationales expliqueraient plus de 60 % de la variation des écarts de satisfaction de vie.
Le poids de la culture
Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas principalement les indicateurs économiques qui font la différence. PIB par habitant, chômage ou inégalités de revenus expliquent relativement peu les écarts observés. Les dépenses de santé ou les politiques d’intégration des migrants ne sont pas davantage de meilleurs éléments d’explication.
La culture, en revanche, semble jouer, d’après l’étude, un rôle important. Les adolescents issus de l’immigration paraissent mieux se sentir dans les pays où les règles et normes sociales sont davantage formalisées. Les chercheurs avancent qu’un environnement plus prévisible pourrait faciliter leur adaptation.
Au Luxembourg, l’étude donne des pistes sans permettre d’identifier les mécanismes précis à l’œuvre. Société multiethnique, maîtrise des langues officielles ou encore rapport aux institutions sont-ils les principaux obstacles qui pèsent sur la satisfaction des adolescents issus de l’immigration? Une vision politique à long terme serait-elle gage de bonheur? Les chercheurs ont testé 18 variables explicatives, sans pouvoir tout expliquer. Car la satisfaction de vie reste, par nature, une mesure subjective. Le résultat invite néanmoins à élargir le débat sur l’intégration : les conditions matérielles comptent, mais le cadre social et institutionnel dans lequel les jeunes grandissent pourrait lui aussi jouer un rôle important.