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L’appel à l’aide de CARE pour le Liban


Directeur de CARE au Liban, Michael Adams (au centre en rouge) a insisté sur l'urgence humanitaire sur place. (Photo : editpress/fabrizio pizzolante)

Face à l’urgence humanitaire au Liban, Michael Adams, directeur de CARE Liban, était à Luxembourg ce mardi pour alerter sur le sort de 1,2 million de déplacés, entre bombardements et effondrement économique.

«Nous avons aujourd’hui au Liban 1,2 million de personnes déplacées à cause du conflit. Rendez-vous compte : c’est presque deux fois la population du Luxembourg. Pouvez-vous imaginer qu’un pays tout entier soit déplacé?» Lorsque Michael Adams prend la parole ce mardi à la Maison des ONG à Luxembourg, le directeur de l’ONG CARE Liban ne peut cacher son désarroi et son émotion face à la situation au pays du Cèdre.

L’humanitaire canadien a fait le voyage de Beyrouth jusqu’au Grand-Duché afin d’apporter son témoignage à l’antenne luxembourgeoise du réseau international CARE, permettant ainsi de mettre en lumière l’urgence humanitaire. «Le but de cette conférence de presse est de donner un aperçu de la situation car, parfois, nous pensons que la couverture médiatique au Luxembourg, et plus généralement en Europe, ne reflète pas toujours ce que nous voyons sur le terrain», explique Thomas Kauffman, directeur de l’ASBL CARE Luxembourg.

«Il faut mettre de côté la politique»

«Je sais qu’il se passe beaucoup de choses ailleurs dans le monde et dans la région, avec le détroit d’Ormuz notamment, mais il faut dire que la situation est sous les radars mondiaux», déplore Michael Adams. Cela fait pourtant bientôt deux mois que la population libanaise est victime d’attaques et de bombardements, débutés par Israël le 2 mars dernier.

Deux jours auparavant, la première frappe de la coalition américano-israélienne en Iran venait de tuer le Guide suprême iranien Ali Khamenei, provoquant les premiers tirs du Hezbollah sur le nord d’Israël. Depuis, le ministère de la Santé libanais fait état de 2 520 morts et plus de 7 800 blessés, tandis que l’État hébreu dénombre 16 soldats tués. Malgré la prolongation de trois semaines d’un cessez-le-feu de dix jours signé le 16 avril dernier, les hostilités se poursuivent. Lundi, des frappes dans le sud du pays ont encore tué quatre personnes et fait 51 blessés.

«Il faut mettre de côté la politique. Ce qui nous importe, c’est qu’il y a des gens dans le besoin», souligne le directeur de CARE Liban, dont le réseau est résolument apolitique. L’essentiel est d’apporter une aide d’urgence aux 1,2 million de déplacés qui, dans l’immense majorité, n’ont plus de toit.

«Seuls 114 000 déplacés sont hébergés dans quelque 616 refuges organisés. Il en reste donc énormément qui dorment dans des abris informels, dans leur voiture, dans la rue ou encore dans des stades.» D’importants mouvements de population ont d’ailleurs eu lieu depuis une dizaine de jours suite à l’instauration d’une «ligne jaune» au sud du pays, établie unilatéralement par Israël comme une zone tampon inhabitable.

Un soutien financier vital

Grâce au travail de 72 employés et à l’engagement de 100 volontaires, CARE Liban tente de répondre à la crise du mieux possible, même si «le besoin est bien plus grand que la réponse que nous pouvons apporter». Dans l’urgence, «les gens ont quitté leur maison sans vêtements, sans médicaments, sans nourriture et sans savoir où aller», raconte Michael Adams.

L’association est sur tous les fronts : aide alimentaire, abris, eau potable, kits sanitaires, santé, sécurité et accompagnement psychologique. Sur ce dernier point, l’humanitaire témoigne des traumatismes profonds chez les enfants – « ils n’ont plus la vie que l’on voit sur un visage d’enfant» – ainsi que chez les femmes, dont le stress  provoque pour certaines «plusieurs cycles de règles dans le mois». Parmi les plus vulnérables se trouvent aussi les réfugiés, notamment syriens, les travailleurs immigrés, les personnes âgées ou les membres LGBT+.

L’association mène également un programme dédié à la cohésion sociale dans un pays «qu’il ne faut pas voir comme un seul bloc, puisqu’il est composé de multiples communautés». Bien que Michael Adams loue la «résilience» de la population, il prévient : «Plus le temps passe, plus il sera dur pour le pays de se relever».

En plus du conflit armé, le Liban subit une inflation historique qui entrave également l’aide humanitaire. «La clé, c’est d’abord l’argent», assume le directeur, qui appelle aux dons et au soutien des gouvernements. Il salue notamment le Grand-Duché pour avoir alloué 4 millions d’euros d’aide en octobre 2024. «Il est difficile de récolter des fonds, surtout pour le Moyen-Orient, déplore-t-il, car les gens en ont parfois une image négative et préfèrent attendre de voir comment les choses évoluent.»

 

 

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