Dès ce matin, je déconnecte pendant un mois et j’enterre mon smartphone sous une pile de livres que je lirai sans doute. Plus de pushs, plus de notifications, plus d’alertes multicolores anxiogènes annonciatrices de fins du monde. Juste moi, ma liberté et une douce inconscience. Un repos salutaire loin des algorithmes trompeurs qui pensent un peu trop à notre place en nous montrant des chatons mignons au lieu de nos «amis». Loin des commentaires haineux, homophobes ou débiles. Loin de la tentation d’y répondre et de me lancer dans des joutes stériles avec des interlocuteurs obtus proposant avec plein de fautes d’orthographe en prime, de renvoyer les étranger chez eux, les femmes en cuisine, les gays sur Uranus et les écologistes dans le tram.
Loin de tous les malheurs d’un monde qui serait pourri s’il n’était pas, paradoxe des paradoxes, autant capable de produire du beau, du bon et de l’espoir. Car, soyons honnêtes, les réseaux sociaux nous montrent aussi des gens qui n’y perdent pas leur temps et préfèrent le consacrer aux autres ou à la planète. Construire, inclure, préserver. «Scroller» peut ouvrir des fenêtres sur un monde sauvage magnifique, des espèces rares à protéger, des cultures, des artistes et des idées nouvelles… quand l’IA le veut bien.
Aujourd’hui, je déconnecte tout de même. Le monde peut s’écrouler, Trump et consorts peuvent être renversés, les traités de paix peuvent être signés, le réchauffement climatique stoppé, les chats bannis des réseaux sociaux, on verra à la rentrée. Je vais aussi essayer de ne pas penser aux drames humains ou animaliers liés aux feux de forêts pour ne sauver que les guêpes de la noyade dans mes cocktails.
J’entre en mode Bisounours comme d’autres entrent en hibernation. Je rebranche mon vieux téléphone à cadran. Une parenthèse, un sursis ou un frein pour mieux replonger dans la frénésie habituelle en septembre, après la Schueberfouer. La déconnexion est un droit dont je compte bien profiter au calme en ce mois d’août, les doigts de pied en éventail. Vive les droits humains! Vive les congés payés!