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[Littérature] La guerre civile espagnole selon Arturo Pérez-Reverte


En 2020, à la sortie du livre en Espagne, l'auteur avait été critiqué pour avoir placé les combattants franquistes et les républicains à égalité. (Photo : penguin libros/youtube)

Quatre-vingt-dix ans après son déclenchement, la guerre d’Espagne n’en finit pas de hanter les mémoires, dont celle du célèbre écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte, qui fait revivre sa bataille la plus sanglante.

Sorti en 2020 en Espagne, Ligne de feu a fait partie, pour sa traduction française, des tout premiers ouvrages parus lors de cette rentrée littéraire 2026. Dans ce gros roman choral de 650 pages, l’auteur décrit minutieusement la bataille de l’Èbre, qui marque en 1938 la dernière grande offensive des forces républicaines et leur échec face aux nationalistes de Franco. C’est le premier ouvrage qu’Arturo Pérez-Reverte consacre à la guerre civile. Le prolifique et célèbre écrivain, pilier des lettres espagnoles, est l’auteur de près de cinquante livres traduits en une quarantaine de langues.

L’écrivain a tenu à écrire Ligne de feu car «les personnalités politiques espagnoles, aussi bien de droite et d’extrême droite que d’extrême gauche, qui n’ont pas connu la guerre civile et n’en savent pratiquement rien, en ont fait un instrument politique», a-t-il expliqué lors d’un entretien à Paris. À la sortie du livre en espagnol en 2020, il a été critiqué pour avoir placé les combattants des deux camps sur un pied d’égalité. Mais, pour lui, tous ceux qui luttaient dans les tranchées étaient, avant tout, des «êtres humains». «Des jeunes effrayés, des pères de famille inquiets pour leurs enfants et leur épouse, des hommes qui tuent et souffrent», énumère-t-il.

Expérience de reporter

Comme dans plusieurs de ses autres livres, l’auteur de 74 ans nourrit son œuvre de l’expérience de deux décennies de reportages de guerre. «J’ai l’avantage de porter avec moi un bagage de vie important. Et quand je raconte la douleur, l’échec ou la mort, je n’invente rien. Il me suffit de me souvenir», relate cet ex-journaliste ayant couvert une vingtaine de conflits en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe de l’Est à partir des années 1970. «La guerre a une odeur qui lui est propre, qu’on n’oublie jamais» : «Une sorte d’odeur de chair en décomposition et de plastique brûlé», se souvient l’écrivain.

Mon IA, ce sont les livres

Pour commémorer les 90 ans de la guerre civile espagnole (1936-1939), d’autres ouvrages sont publiés en français, dont Présents (publié comme Ligne de feu chez Gallimard) dans lequel le romancier Paco Cerdà la raconte à travers la procession transportant la dépouille du chef nationaliste José Antonio Primo de Rivera, fusillé en 1936 par les républicains. Le roman a reçu en 2025 le très prestigieux Prix national de littérature narrative décerné par le ministère espagnol de la Culture. Dans La Guerre d’Espagne. La démocratie assassinée (Tallandier), les historiens François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta revisitent cette «première guerre globale contre le fascisme».

Nouveau livre et nouvelle série

Arturo Pérez-Reverte, qui a connu un grand succès avec Le Maître d’escrime (1988), Le Tableau du maître flamand (1993) et la série des Aventures du Capitaine Alatriste (1996-2011), publiera en octobre son prochain roman. Avec La hipótesis más peligrosa («L’hypothèse la plus dangereuse»), il reviendra au roman d’aventures et d’initiation, avec l’histoire d’un adolescent qui, en cherchant son père absent, va se retrouver mêlé à une affaire de trafic d’œuvres d’art. Avant cela, le 25 septembre, sera mise en ligne sur Netflix la minisérie d’enquête El problema final, qui vient s’ajouter à la vingtaine d’autres adaptations de ses œuvres, comme les films The Ninth Gate (Roman Polanski, 1999), avec Johnny Depp, et Alatriste (Agustín Díaz Yanes, 2005), avec Viggo Mortensen, ou encore la telenovela à succès La Reina del Sur (2011-2023).

Bien qu’il se définisse comme un «analphabète du numérique», Arturo Pérez-Reverte est très actif sur les réseaux sociaux, où il rassemble 2,5 millions d’abonnés rien que sur X. Mais le romancier estime ne pas avoir besoin de l’intelligence artificielle. S’il dit avoir parfois recours à Google, il consulte surtout sa vaste bibliothèque, qui compte plus de 35 000 volumes. «Mon IA, ce sont les livres», résume-t-il.

Ligne de feu,
d’Arturo Pérez-Reverte.

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