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[Cinéma] L’Inconnue : dans le corps d’un autre


Photo : pathé films

Avec L’Inconnue, thriller fantastique inspiré d’une BD réalisée avec son frère, Arthur Harari signe une œuvre envoûtante sur l’identité et le rapport au corps, portée par Niels Schneider et Léa Seydoux.

Ovni du dernier festival de Cannes où il était sélectionné en compétition, le film L’Inconnue d’Arthur Harari déroule la quête surréaliste et cauchemardesque d’un homme (incarné par Niels Schneider) qui se réveille dans le corps d’une femme, campée elle par Léa Seydoux. «C’est un film d’angoisse, l’angoisse d’être étranger à soi-même», a expliqué sur la Croisette Niels Schneider, méconnaissable dans le film. 

Dans ce «body switch» (soit un échange de corps), un procédé narratif populaire au cinéma où des personnages échangent leurs esprits ou leurs apparences physiques, il interprète David, un photographe désœuvré, solitaire et taciturne, qui se réveille un jour dans le corps d’une femme après avoir couché avec elle lors d’une soirée. Commence alors une quête pour retrouver son enveloppe corporelle, qui va le mettre sur la trace d’une mystérieuse entité ayant fait d’autres victimes.

Transformations physiques

«C’est d’abord un cauchemar parce que ça subvertit toutes les habitudes qu’on a prises avec le réel et avec notre propre corps», explique le réalisateur, dont le film est adapté de la BD Le cas David Zimmerman (2024), co-écrite avec son frère Lucas. Le personnage Niels Schneider/Léa Seydoux va alors errer à la recherche de celui ou celle qui occupe désormais son enveloppe corporelle, en se heurtant à l’impossibilité de partager son désarroi à ses proches.

«Le chemin que dessine le récit, c’est d’aller vers une inconnue. C’est à la fois une femme inconnue, et dans une équation, il y a toujours une inconnue. Et il y a quelque chose qui restera jusqu’au bout irrésolu, insoluble», expose Arthur Harari, le scénariste d’Anatomie d’une chute, Palme d’or en 2023. Pour interpréter les rôles principaux, le cinéaste a choisi deux vedettes du cinéma français totalement transformées physiquement.

Sombre «body switch»

Léa Seydoux a tourné juste après avoir donné naissance à son second enfant. «Sur le tournage, je n’étais pas à l’aise avec mon corps», a raconté l’actrice, qui dit s’être servie de cela pour incarner un homme piégé dans un corps de femme, se disant fière de «montrer un corps qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma». Niels Schneider, quant à lui, apparaît décharné, très loin de son allure habituelle. «J’étais rentré malade du tournage de De Gaulle (où il joue le général Leclerc) au Maroc, j’avais perdu beaucoup de poids», a raconté l’acteur à Paris Match.

C’est un film d’angoisse, l’angoisse d’être étranger à soi-même

Lorsque la directrice de casting du film a croisé Niels Schneider par hasard à un dîner, elle a envoyé une photo à Arthur Harari qui l’a aussitôt appelé. «Ma nouvelle apparence l’avait interpellée», raconte Niels Schneider. Contrairement aux habituels films de «body switch», souvent traités par le biais humoristique, du célèbre Big avec Tom Hanks à 13 Going on 30 (avec Jennifer Garner) en passant par Switch de Blake Edwards, ce long métrage délaisse totalement la comédie pour adopter un ton sombre et dérangeant. 

Photo : pathé films

«Enfermement absolu»

«C’est aussi un film sur la mémoire qui s’efface», selon son réalisateur. «Le film raconte des gens qui sont en train de disparaître dans des corps qui ne sont pas les leurs», ajoute Niels Schneider. Son personnage doit mener son enquête sans pouvoir partager son désarroi avec ses proches, incapables de le reconnaître dans le corps d’une autre. «C’est l’enfermement absolu et je suis sûr que beaucoup de gens qu’on dit fous vivent quelque chose de cet ordre, une forme d’étrangeté à soi», dit Arthur Harari.

Cela dit, même s’il y a bien une inversion masculin-féminin, le film d’Arthur Harari (déjà réalisateur en 2021 de l’excellent Onoda) n’a rien d’une réflexion sur la transition de genre, qui est «une démarche volontaire», prévient le cinéaste. «Par contre, il y a un endroit où ce que raconte le film coïncide avec ce que sont, j’imagine, les expériences de transidentité, c’est la sensation de ne pas être dans son corps», ajoute-t-il en conclusion.

L’Inconnue, d’Arthur Harari.

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