Sorti en Chine le 5 août sans aucune promotion, Niu Lai, film d’animation mal fichu, est en passe de devenir un phénomène cinématographique. La raison? Un emballement viral sur les réseaux sociaux, conquis par cette anomalie.
On le considère comme «mauvais», «brouillon» mais profondément «humain» : le film à petit budget Niu Lai fait sensation cet été dans les cinémas chinois, après avoir été abondamment moqué en ligne pour ses graphismes. Le film est l’œuvre d’une mère et de son fils, qui l’ont animé image par image pendant cinq ans, et ont composé la bande originale, selon les médias locaux. Il raconte la relation d’un veau avec sa mère. Niu Lai (que l’on pourrait traduire par L’Arrivée du bœuf), a rapporté environ 7 000 yuan (890 euros) la première semaine suivant sa sortie le 5 août. Puis, favorisé par un bouche-à-oreille contre-intuitif, il a atteint la folle somme de 33,06 millions de yuan (4,2 millions d’euros) au box-office chinois. Au point de détrôner… le dernier Spider-Man!

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«Il est si mauvais qu’il en devient génial!», commente Caelan Moriarty, musicien américain de 25 ans travaillant en Chine. «Je me rends compte que c’est mauvais, mais il y a du cœur là-dedans. On ne peut pas détester ça!», explique-t-il encore, impressionné par le fait que les auteurs «n’aient pas utilisé d’intelligence artificielle, et qu’ils aient pris le temps». Le film est rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux en raison de ses graphismes anguleux en 3D, dignes des jeux Animal Crossing ou Minecraft, et de ses dialogues étranges. Sans oublier un doublage pour le moins approximatif et une animation poussive.
Rire général
Mais pour ses amateurs, ce sont ces imperfections qui font tout son charme. «Ce n’est clairement pas parfait. Mais c’est justement parce que ce n’est pas parfait que c’est bien. Ça montre que c’est profondément humain et je pense que c’est pour ça que ça marche», estime un autre spectateur. Stella Xing, étudiante, a elle regardé le film à Pékin après avoir vu des mèmes, ces images humoristiques qui pullulent en ligne. «Même si c’est assez brouillon, il y a tellement de détails marrants», décrit-elle, prenant l’exemple de la façon dont Niu Lai marche». «C’est hilarant et ça donne envie aux gens d’aller le voir!»
Il est si mauvais qu’il en devient génial!
D’ailleurs, devant le grand écran, la même scène se répète partout dans le pays : le public qui rit à gorge déployée, comme si c’était un one-man-show ou une comédie. Un succès improbable qui fait figure d’étrangeté. Ainsi, dans certaines salles obscures de Pékin, les affiches dessinées à la main (par les fans eux-mêmes) représentant une vache bipède à gros sourcils voisinent avec celles de The Odyssey, le blockbuster estival. Contrairement au film de Christopher Nolan, Niu Lai n’a pas eu droit à une campagne marketing conventionnelle. Mieux : après visionnage du produit final, le distributeur aurait tenté de dissuader son réalisateur débutant de le sortir sur grand écran.
Produits dérivés
Peine perdue, et dans la foulée des premières moqueries en ligne, certains ont flairé le bon filon en voyant enfler le phénomène sur les réseaux sociaux. La plateforme de e-commerce Taobao propose désormais des produits dérivés à l’effigie du bovin jaune, des t-shirts, des figurines, des porte-clés ou des caleçons. L’œuvre donne à voir «quelque chose qui diffère des productions soignées et sophistiquées auxquelles nous sommes habitués», tente d’analyser Pan Wang, professeure associée à l’université australienne de Nouvelle-Galles du Sud.

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«C’est un peu comme manger des céréales raffinées tous les jours et, d’un seul coup, des plus grossières, pour changer : le contraste en lui-même est rafraîchissant», poursuit-elle. «Son côté brut, son absurdité et son imperfection font partie de son charme». De manière générale, les films d’animation gagnent en popularité dans la deuxième économie mondiale. Plus soigné que Niu Lai, le blockbuster chinois Ne Zha 2 a dépassé l’an dernier le film Disney Inside Out 2 pour devenir le film d’animation le plus lucratif de l’histoire du cinéma, selon les médias chinois. Mais gare à cette «vache à lait» : les dernières projections tablent sur plus de 17 millions d’euros de recettes.