Cinq livreurs ont accepté de témoigner, certains sous couvert d'anonymat. Cinq rencontres avec des travailleurs de l’ombre, qui sortent enfin du silence et organisent la résistance.
On sent qu'ils ont peur, des représailles ou du manque à gagner. «Quand vous refusez une course, l'algorithme ne vous donne plus rien pendant deux ou trois heures». La peur, ce n'est plus ce qui retient Dhia. L'ancien étudiant en informatique n'a rien à perdre. Il a bien vu que, depuis la grève du 12 juin, l'algorithme lui propose moins de courses. Il soupçonne que les livraisons soient majoritairement réservées aux flottes des sous-traitants. Wolt est catégorique : «Il n’y a ni horaires imposés, ni sanctions en cas de refus d’une commande ou de retard de livraison.» Or, Dhia a vu les tarifs de ses livraisons chuter drastiquement. Il nous montre ses relevés : il est passé de 1 078 euros bruts la première semaine de juillet 2024 à 448 euros en juillet 2026, en travaillant pourtant 14 heures par jour. De quoi être remonté face à ce qu'il décrit comme une «concurrence déloyale».
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