Le bras de fer autour du futur data center de Google à Bissen se poursuit. Le Mouvement écologique menace d’engager une procédure judiciaire si le projet reçoit le feu vert des autorités.
Le projet de data center de Google à Bissen continue de susciter l’opposition du Mouvement écologique. Après avoir déposé une objection dans le cadre de l’enquête publique sur l’étude d’impact environnemental, l’association estime que plusieurs de ses demandes n’ont pas été prises en compte.
Le projet, porté par Google sur un terrain de 33,7 hectares acquis en 2017 à Bissen, prévoit la construction d’un vaste centre de données. Présenté comme un investissement stratégique pour le Luxembourg, il n’a toutefois toujours pas démarré, près de dix ans après son annonce, en raison des nombreuses procédures administratives et environnementales qui jalonnent le dossier.
Des exigences sur l’énergie et la chaleur produite
À l’issue de l’enquête publique relative à l’étude d’impact environnemental réalisée en mars, le Méco a déposé un recours. Il affirme que le dossier présenté par Google comporte encore «d’importantes lacunes» et un «manque de transparence» sur plusieurs aspects jugés essentiels. L’organisation reproche notamment au groupe américain d’invoquer le secret des affaires pour ne pas rendre publiques certaines informations relatives à son bilan énergétique, à son empreinte carbone ou encore aux technologies retenues pour le refroidissement du centre de données.
L’association estime également que le projet ne respecte pas les meilleures technologies disponibles en matière d’efficacité énergétique. Elle critique notamment le recours prévu à des générateurs diesel de secours plutôt qu’à des solutions de stockage par batteries, l’absence de valorisation de la chaleur fatale produite par les serveurs et le faible recours à une production locale d’énergie solaire. Selon elle, la chaleur dégagée pourrait notamment alimenter des réseaux de chauffage urbain dans les communes voisines. «Nous savons également que les habitants de Bissen se sont plaints du bruit, entre autres. Nous pensons que d’autres personnes ont vécu la même chose», ajoute Blanche Weber, présidente du Méco.
Des enjeux de souveraineté numérique
Au-delà des aspects techniques, le Mouvement écologique remet également en cause l’opportunité du projet. L’association estime que le site de Bissen, situé à proximité d’importantes infrastructures électriques, pourrait être réservé au développement d’acteurs luxembourgeois ou européens plutôt qu’à un groupe américain, invoquant des enjeux de souveraineté numérique.
L’organisation rappelle par ailleurs les impacts qu’elle attribue au futur data center : une consommation électrique équivalant à environ 15 % de la consommation nationale, plus importante que celle de l’ensemble des ménages luxembourgeois, ainsi qu’une artificialisation d’une douzaine d’hectares et une augmentation des émissions de CO₂ du pays. Ces estimations sont contestées par les promoteurs du projet, qui mettent en avant les engagements climatiques de Google et les bénéfices attendus pour l’économie numérique luxembourgeoise.
Une procédure judiciaire en cas de feu vert
La procédure d’obtention du permis de construire dans la commune de Bissen aurait été reportée jusqu’à début juillet. Si une autorisation était accordée sans que les informations demandées soient rendues publiques ni que les critiques techniques soient prises en compte, l’association déposerait un recours devant le Tribunal administratif. «C’est comme délivrer un permis de construire sans savoir ensuite si six familles ou seulement deux vont y habiter», estime Blanche Weber.
La présidente du Méco indique que l’association attend désormais la décision du ministère de l’Environnement. Elle estime que la procédure actuelle ne respecte pas pleinement les exigences légales en matière d’information environnementale. «Nous exigeons également clairement que le gouvernement agisse dans l’intérêt national et n’accepte pas la clause de confidentialité imposée par Google», appuie la présidente du Méco. De son côté, le ministère de l’Environnement poursuit l’examen des observations formulées pendant l’enquête publique. À ce stade, aucune décision définitive n’a encore été prise concernant les autorisations environnementales du projet.
Une première mise en garde dès le mois de mai
Le Mouvement écologique n’a pas attendu la fin de l’enquête publique pour faire connaître ses réserves. Au cours du mois de mai, son avocat avait adressé une lettre au ministère de l’Environnement afin de réclamer davantage de transparence sur le projet de data center de Google à Bissen et de demander que toute éventuelle autorisation soit assortie de conditions environnementales plus strictes.
Dans ce courrier, l’association estimait déjà que plusieurs informations essentielles, notamment sur la consommation énergétique, les émissions de CO₂ ou encore les technologies de refroidissement, restaient inaccessibles au public au nom du secret des affaires. Elle demandait également que Google soit tenu de respecter les meilleures technologies disponibles, notamment en matière d’efficacité énergétique, de valorisation de la chaleur fatale et de limitation des émissions.
Le Mouvement écologique appelle enfin le ministère à imposer des exigences contraignantes et contrôlables avant toute délivrance d’autorisation.