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L’armée ukrainienne resserre l’étau autour de la Crimée


Cette image satellite montre un écran de fumée sur le pont de Kertch, reliant la Russie à la Crimée. (Photo : afp)

Kiev tente d’isoler la péninsule de Crimée annexée par Moscou en frappant les routes d’approvisionnement et les infrastructures énergétiques, une opération aux conséquences immédiates.

Signe flagrant de l’impact des frappes de drones ukrainiens, le gouverneur installé par Moscou a annoncé jeudi des coupures d’électricité dans toute la péninsule.

Depuis mai, l’armée ukrainienne, grâce une évolution technologique de ses drones, est parvenue à détruire des dizaines de camions-citernes et de véhicules militaires empruntant, dans le sud de l’Ukraine sous occupation russe, la route vers la Crimée. Les forces ukrainiennes ont aussi bombardé des infrastructures énergétiques et des nœuds logistiques dans cette presqu’île bordée par la mer Noire.

La Crimée est particulièrement importante pour le Kremlin : l’armée russe y compte de nombreuses bases et, depuis son annexion en grande pompe en 2014, c’est un symbole politique très fort pour le président russe, Vladimir Poutine.

Les bombardements ukrainiens ont contraint les autorités russes à suspendre la vente de carburant aux particuliers dans la péninsule mais également à annuler toutes les colonies de vacances qui y étaient prévues pour cet été.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé que cette campagne d’étranglement, «soigneusement calculée», visait à créer «les conditions» qui forceront «la Russie à choisir la paix».

Les négociations pour mettre fin à plus de quatre ans de combats en Ukraine sont au point mort.

Une «animosité» envers Kiev?

Sur les réseaux sociaux, des habitants de la Crimée ont déploré les pénuries. D’autres ont même critiqué l’armée.

«Zelensky fait tout pour montrer que les acquisitions territoriales russes sont fragiles», explique Tatiana Kastoueva-Jean, la directrice du Centre Russie/Eurasie à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Mais, pour la chercheuse, il est possible que le cycle actuellement observé dans la guerre, plus favorable à l’Ukraine, soit suivi d’un autre où Moscou durcira encore ses frappes «pour faire plier les Ukrainiens».

Le Kremlin, souligne-t-elle, ne veut «pas lâcher non plus» et abandonner des territoires, dont la Crimée, considérés comme conquis pour toujours. Selon Tatiana Kastoueva-Jean, les bombardements ukrainiens risquent aussi d’alimenter en Crimée une «animosité» envers Kiev.

D’un point de vue militaire, les succès des récentes frappes ukrainiennes, dans cette péninsule et en Russie, montrent que l’Ukraine peut reprendre l’initiative, perdue depuis l’échec de sa contre-offensive de l’été 2023.

L’expert militaire Stéphane Audrand, chercheur associé à l’IFRI, affirme que Kiev pourrait annuler «l’intérêt» de la Crimée pour l’armée russe si «les unités sur place ne peuvent plus produire d’effets militaires positifs».

Reste à savoir, selon lui, si les Ukrainiens auront ensuite «la capacité à agir au sol pour exploiter cet ascendant favorable». Par le passé, ils ont déjà réalisé en Crimée des opérations commando terrestres, très limitées. Selon Stéphane Audrand, il faut aussi se demander si «les Russes réussiront à reconstituer des défenses antiaériennes capables de trouver une parade» et si les Ukrainiens pourront maintenir leur effort de production de drones.

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