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Moissons en Lorraine : un début de campagne qui souffle le chaud et le froid


Lors d’une moisson de l’orge d’hiver, à Halstroff. (Photo : Pascal Brocard)

La précocité de la récolte des orges d’hiver n’augure en rien de la suite de la campagne des moissons. Mais plus encore que le yoyo de la météo, la conjoncture internationale plombe l’horizon d’une paysannerie ballottée entre espoir et découragement.

«L’herbe est coupée et les orges d’hiver commencent à blondir, la moisson débute tôt», assure Jonathan Nondier. Exploitant en polyculture élevage installé en GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) avec son père dans la commune de Burlioncourt, près de Château-Salins, il se montre toutefois prudent concernant la suite.

«La récolte sera plus tardive dans le Nord lorrain», objecte Gérard Léonard, céréalier à Anderny et président de la section grandes cultures de la FDSEA 54. En cause : «L’hétérogénéité des précipitations en partie due aux orages», justifie le premier.

Année après année, le changement climatique se traduit par une accélération des aléas, alternant intenses précipitations localisées et périodes de sécheresse. «Mais la météo, on sait encore la gérer, tandis que le reste…», soupire Gérard Léonard.

«Le reste», le Meurthe-et-Mosellan le résume en une formule : «Selon que l’on soit céréalier ou éleveur, les perspectives économiques ne sont pas les mêmes».

Les premiers accusent une troisième année consécutive «catastrophique», cumulant les handicaps à la suite de la crise au Moyen-Orient : à savoir «un niveau de charges qui a explosé», marqué par la flambée des coûts de l’énergie et des engrais, ainsi que «des prix du marché au plus bas».

Les Terres de Jim en Moselle

«Pour une exploitation de 150 hectares, le prix du carburant se chiffre entre 6 000 et 8 000 euros de plus. C’est simple, la hausse du GNR (gazole non routier), c’est l’équivalent de mon revenu», renchérit le Mosellan Fabrice Couturier, président de la FRSEA Grand Est.

Même inquiétude concernant les engrais : «De 250 euros/tonne il y a trois ans, ils sont passés à 350 euros/tonne pour être aujourd’hui à 500 euros/tonne».

Céréalier en périphérie de l’agglomération messine, Jean-Louis Stémart déplore «la perte d’autonomie» du pays dans ce domaine : «On laisse mettre la clé sous la porte il y a quelques semaines à la dernière usine de production et dans le même temps, on nous promet des investissements pour reconquérir une capacité à produire à l’horizon 2030. Entretemps, on fait comment, sinon être complètement dépendants des importations?»

Refusant pourtant de céder à la résignation, il accueillera du 11 au 13 septembre, sur ses parcelles, l’édition nationale des Terres de Jim, lors de laquelle sont attendus 100 000 visiteurs.

Quelles suites à l’automne ?

Enfin, dernière touche à un tableau décidément bien sombre, les cours céréaliers restent bas et freinent la reconstitution des trésoreries. «Chaque année, les organismes stockeurs nous versent des acomptes sur la récolte à venir. Cette année, les avances ne sont plus que 100 euros/tonne, contre 160 euros/tonne il y a trois ans.»

Sans anticiper le résultat d’une campagne qui ne fait que débuter, beaucoup s’interrogent tout de même sur la suite qu’ils lui donneront cet automne.

«Remettre les champs en culture représente un coût financier sur lequel pourraient buter nombre d’exploitants. Les arbitrages vont se faire entre cultures et mise en jachère en semant du couvert comme le trèfle, l’avoine, la phacélie ou le radis», poursuit Gérard Léonard.

«Plutôt que d’engager des dépenses, d’autres auront la tentation d’attendre les semis de printemps en espérant un retour à meilleure fortune.»

La filière ovine se structure

S’il convient des difficultés du moment – «faute de revenu et de visibilité» –, Stéphane Ermann salue «les niveaux records du prix de la viande en 2025».

«Là où ça va bien, il faut le dire», justifie le président de la Chambre départementale d’agriculture de Moselle. Lequel a d’autres motifs de satisfaction. Soutenu par les collectivités locales, son projet de coopérative de production de feutre et flocons en laine se structure à grands pas.

Fédérant 140 éleveurs ovins du Grand Est, MOS-Laine vient d’obtenir le soutien des banques pour la création de son unité de transformation à Bataville, dans l’ancien garage de l’usine Bata. «On est en train d’installer les machines.» L’usine pourra traiter 90 tonnes de laine régionale et donner un nouveau souffle à la filière.

Xavier Brouet
(Le Républicain lorrain)

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