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Rester, à quel prix?

Un salarié sur cinq au Luxembourg envisagerait de démissionner dans les neuf prochains mois. Un chiffre qui devrait faire lever quelques sourcils dans les directions d’entreprise. Pas forcément parce qu’il annonce une nouvelle vague potentielle de départs. Mais parce qu’il dit surtout quelque chose de plus profond sur le rapport au travail.

Eh oui. Derrière une démission, il n’y a pas toujours un salaire jugé insuffisant ou un manager défaillant : il y a parfois simplement une équation qui ne tient plus.

Prenons les frontaliers. Pour certains, les travaux sur la ligne de train Luxembourg-Bettembourg transforment déjà une journée de travail en véritable épreuve. Quatre heures de trajet quotidien, des correspondances, de la fatigue… À la fin du mois, le salaire est, certes, supérieur à ce que l’on pourrait percevoir ailleurs. Mais à quel prix?

C’est là que les entreprises doivent regarder au-delà de la fiche de paie. Un employeur peut difficilement se dire attractif s’il ignore les conditions dans lesquelles ses salariés arrivent au bureau. Oui, le trajet n’est pas toujours de son ressort. Mais la souplesse des horaires, le télétravail, l’écoute des contraintes personnelles ou encore la confiance accordée aux collaborateurs le sont.

Et le phénomène risque de s’accentuer avec les «nouvelles» générations (pas si nouvelles que ça, croyez-moi). Pour beaucoup de millennials (comme moi) et de membres de la gen Z, le travail n’est plus le Saint Graal autour duquel toute une existence doit s’organiser.

Il doit avant tout permettre de vivre. La carrière compte, évidemment. L’ambition existe, c’est sûr. Mais elles cohabitent aussi avec une autre exigence : conserver du temps pour soi, sa famille, ses amis, ses passions et surtout… sa santé.

Les entreprises qui ne comprennent pas cette évolution risquent de découvrir (trop tard) qu’un talent ne part pas forcément parce qu’on lui propose davantage d’argent ailleurs. Il peut surtout partir parce que rester lui coûte trop cher.

Le vrai sujet n’est donc peut-être pas de savoir combien coûte le départ d’un salarié aujourd’hui au Luxembourg. Mais combien coûte, chaque jour, une organisation qui finit par lui donner envie de partir.

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