Le centre Ulysse pourra à nouveau accueillir et héberger des personnes sans abri dans le quartier de Bonnevoie. Les travaux de rénovation sont achevés. Visite des lieux.
Après trois ans passés dans des locaux provisoires au Findel, c’est la fin de l’odyssée pour Ulysse qui retrouve Bonnevoie. Le centre d’accueil et d’hébergement d’urgence pour personnes sans abri partage désormais des lieux entièrement rénovés avec Kairos. Un autre mot grec, celui désignant le concept du «moment opportun», et qui résume l’objectif de ce nouveau complexe : mettre les personnes à l’abri, mais leur permettre aussi de saisir une occasion de rebondir.
Quatorze millions d’euros plus tard, les travaux commencés à la mi-juillet 2023 au 3, Dernier Sol ont bien transformé les lieux, mais pas seulement. Pour la première fois, un centre d’urgence est couplé à un dispositif de housing first (logement d’abord) – des appartements individuels destinés à des personnes sans domicile pendant une durée indéterminée. Tous deux sont gérés par Hëllef um Terrain (HUT). Réalisée selon le principe du Haus-im-Haus, la rénovation a consisté à intégrer 32 conteneurs en bois à l’intérieur de l’ancien centre.
Au rez-de-chaussée, une vaste salle commune aux murs blancs, meublée de tables blanches, de chaises noires et éclairée par des luminaires assortis. Le tout complété par une cuisine collective, une bibliothèque, plusieurs bureaux destinés aux travailleurs sociaux ainsi qu’un ascenseur pour personnes à mobilité réduite – deux chambres ont d’ailleurs été spécialement aménagées pour des résidents en fauteuil roulant.
Une meilleure intimité
Le premier étage est consacré au centre Ulysse et à l’hébergement d’urgence. On y trouve une salle de soins, des bureaux pour les éducateurs et assistants sociaux, des espaces d’entretien permettant aux personnes accueillies d’échanger en toute confidentialité avec les professionnels, des douches collectives… mais surtout des chambres qui n’ont plus rien à voir avec des dortoirs. Toutes disposent d’un lavabo et d’une toilette, certaines sont individuelles ou conçues pour deux personnes maximum. Dans ce cas de figure, les lits sont installés l’un derrière l’autre, séparés par une cloison et munis d’un rideau afin de garantir un minimum d’intimité.
«Des structures comme celle-ci, on en a besoin beaucoup», reconnaît Jenna Empain, coordinatrice du département urgence et précarité de HUT. Malgré l’ouverture du nouveau bâtiment, la pression reste forte. Comment s’effectue la sélection? Au centre Ulysse, l’entrée passe par une permanence sociale où assistants sociaux et éducateurs évaluent chaque situation. «Malheureusement, il y a une liste d’attente», explique-t-elle.
Les deuxième et troisième étages sont occupés par Kairos. S’il existe encore des espaces collectifs, il y a surtout des ministudios offrant aux résidents la possibilité de retrouver une forme de vie autonome. Chaque logement dispose d’une kitchenette et peut être personnalisé par son occupant. Une manière de recréer, autant que possible, les conditions d’un logement ordinaire pour des personnes qui ont vécu plusieurs années dans la rue. «Le principe, c’est vraiment de subvenir d’abord aux besoins primaires de sécurité», explique Murielle Bohn, responsable de Kairos. «On leur offre un logement pour qu’ils puissent se stabiliser.»
À la différence d’un hébergement d’urgence, les résidents de Kairos disposent d’un véritable chez-soi. Ils ont leur adresse, leur bail, leur loyer à régler (au prix du marché), leurs clés et peuvent recevoir des visiteurs. Surtout, ils ne sont pas contraints de suivre un accompagnement. «Nous, nous n’avons pas d’objectif pour eux», résume Murielle Bohn. «Ce sont eux qui fixent leurs objectifs au fur et à mesure.» Les premiers occupants sont attendus la semaine prochaine.