COLOMBIE Le premier tour de la présidentielle a opposé dimanche les héritiers de la gauche sociale aux figures de la droite dure, tandis que le pays connaît la pire flambée de violences depuis dix ans.
Les Colombiens ont voté dimanche pour élire leur président, avec comme options une gauche qui cherche à conserver le pouvoir après sa victoire inédite il y a quatre ans et une droite dure qui promet la sécurité face à la violence accrue des groupes armés. Les bureaux de vote étaient ouverts de 8 h à 16 h (heures locales), et les résultats attendus quelques heures après la clôture, vers minuit en Europe.
Pour le pays sud-américain, cette présidentielle connaît sa pire flambée de violence depuis la signature de l’accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016. De nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats et un prétendant à la présidence a été tué.
Les favoris du scrutin s’affrontent ainsi sur la direction à prendre pour venir à bout du conflit armé interne vieux de six décennies : continuer à négocier la paix avec les groupes armés qui ont prospéré ces dernières années, ou bien utiliser la force pour venir à bout des guérillas, ex-paramilitaires et cartels.
Le dauphin du président favori
Les derniers sondages dimanche plaçaient le sénateur de gauche Ivan Cepeda, 63 ans, en tête du premier tour. Philosophe et défenseur des droits de l’Homme, ce dernier a axé sa campagne sur la poursuite des réformes sociales et des infructueuses négociations de paix avec les groupes armés. Sa popularité, il la doit notamment à son mentor Gustavo Petro, l’actuel président colombien et premier dirigeant de gauche de l’histoire du pays.
Bien que la constitution interdise de briguer un second mandat, son absence sur les bulletins n’a pas empêché que «la campagne tourne autour de Petro» relève Yann Basset, professeur de sciences politiques à l’université du Rosario de Bogota. Ce dirigeant clivant jouit d’une forte popularité parmi les classes populaires après avoir réduit la pauvreté, le chômage, augmenté le salaire minimum et élargi les programmes sociaux dans l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Sa politique, sécuritaire notamment, est néanmoins vilipendée par l’opposition.
Sur les talons de la gauche se trouve notamment Abelardo de la Espriella, un avocat millionnaire excentrique de 47 ans qui se fait appeler «Le Tigre», qui gratifie ses supporters d’un salut militaire et qui promet la mort ou la prison pour les membres des organisations criminelles. Une autre candidate de droite est également dans le trio de tête, selon les enquêtes d’opinion : Paloma Valencia, sénatrice de 50 ans adoubée par le puissant ex-président conservateur Alvaro Uribe (2002-2010). Elle prône un recours accru aux forces de l’ordre et jure de «mettre fin à la paix totale pour imposer la sécurité totale».
Un cessez-le-feu le temps du vote
Ivan Cepeda, fils d’un homme politique communiste assassiné dans les années 1990 et contraint dès l’enfance à l’exil, met l’accent dans sa campagne sur «les exclus» : les victimes du conflit armé, les indigènes et les paysans. «Vaincre définitivement la pauvreté et en finir avec l’inégalité sociale, telle sera la priorité essentielle de notre deuxième gouvernement», a déclaré samedi le candidat.
Abelardo de la Espriella a lui promis d’«étriper la gauche». Il se présente en «entrepreneur» qui n’«appartient pas au monde de la politique» et s’adresse à la classe moyenne qui travaille. Admirateur des présidents américain Donald Trump, salvadorien Nayib Bukele et argentin Javier Milei, il propose de construire dix mégaprisons, de réduire de 40 % la taille de l’État et de bombarder les campements des trafiquants de drogue en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne. L’avenir des relations avec Washington est également en jeu dans cette élection, alors que Gustavo Petro avait eu maille à partir avec Donald Trump.
Le Conseil national électoral (CNE) a tenu à rassurer sur la tenue de la présidentielle dans ce climat de violences. En Colombie, «les organisations criminelles décrètent unilatéralement, avant les élections, un cessez-le-feu pour que le scrutin se déroule calmement», a souligné le magistrat Alvaro Echeverry.