Donald Trump et ses alliés se sont saisis des images en provenance de l’enclave de Ceuta pour défendre leur politique anti-immigration et attaquer leurs adversaires de gauche.
«Si nous ne sommes pas au pouvoir, notre pays sera envahi à des niveaux qui feront passer ce qui arrive en Espagne pour de la gnognotte», a déclaré le président américain en Conseil des ministres, parlant d’une «invasion». «Souvenez-vous de cette image. Ce sera nous dans trois ans si le mauvais camp l’emporte», a-t-il aussi averti auprès de Fox News, à quelques mois d’élections législatives de mi-mandat mal embarquées pour les républicains.
De l’autre côté de l’Atlantique, l’Italie de Giorgia Meloni a annoncé vendredi suspendre un mois les règles de l’espace Schengen vis-à-vis de l’Espagne. «L’Italie ne restera pas les bras croisés» a déclaré la veille la Première ministre d’extrême droite, en dénonçant des «images choquantes».
Selon les autorités espagnoles, sur les 60 000 migrants arrivés à Ceuta, plus de 48 000 migrants sont déjà retournés au Maroc. Mais, de Washington à Prague, les droites et extrêmes droites occidentales voient là l’occasion de défendre leur position anti-immigration, au cœur de leur programme politique.
«Ces images en provenance d’Espagne sont un rappel malheureux des conséquences des migrations de masse et des politiques mondialistes de la gauche radicale qui ont permis l’invasion de l’Occident», a écrit sur X le vice-président américain, J. D. Vance, porte-voix très idéologue de «L’Amérique d’abord».
Lors du mandat de Joe Biden, les images de migrants traversant la frontière depuis le Mexique tournaient en boucle sur Fox News, la chaîne préférée des conservateurs américains. Jusqu’à 300 000 interpellations mensuelles ont eu lieu, avant que ces chiffres ne baissent sur la fin du mandat du démocrate et tombent à des niveaux quasi nuls au moment où Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche, début 2025.
Cette chute drastique de l’immigration clandestine à la frontière sud du pays est régulièrement célébrée comme une victoire par Donald Trump et ses soutiens.
Babis, Le Pen, Weidel, Farage…
Reprenant les images de cette semaine à Ceuta, le très martial conseiller à la Maison-Blanche Stephen Miller a prévenu jeudi sur X : «Les démocrates ont infligé cela à l’Amérique chaque jour pendant quatre ans sous Biden et le referont tout de suite, mais à une échelle infiniment plus grande, s’ils obtiennent la moindre parcelle de pouvoir national».
«Cet incident inacceptable est la conséquence directe des efforts délibérés du gouvernement espagnol visant à permettre et à faciliter l’immigration clandestine massive vers l’Europe», a déclaré sur X le département d’État américain, au diapason des extrêmes droites européennes.
«L’histoire se répète. En 2015, Angela Merkel a invité les migrants en situation irrégulière à venir en Allemagne pour des raisons politiques, afin de battre les libéraux et les Verts. (…) Le gouvernement espagnol fait aujourd’hui exactement la même chose», a dit le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, un milliardaire nationaliste allié à des partis d’extrême droite.
Même son de cloche pour la Française Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle a fustigé sur X ces «entrées massives et coordonnées (…) encouragées par le gouvernement espagnol».
La codirigeante de l’extrême droite allemande Alice Weidel s’est elle inquiétée d’une arrivée supposée de ces personnes près des frontières de son pays et a appelé les autorités allemandes à les «sécuriser».
Tout comme Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, qui déclare sur X «soutenir» l’initiative de Giorgia Meloni.