«Fossoyeur», «bourreau»… L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez, qui a scellé vendredi la cession des Girondins au fonds britannique Sparta Capital, laisse à Bordeaux l’image d’un «piètre manager» dont le modèle économique, basé sur la dette, avait déjà été critiqué à Lille ou en F1.
Entrepreneur dans les nouvelles technologies, ex-patron de l’écurie de Formule 1 Lotus (2010-2015), le quinquagénaire, fils d’immigrés galiciens, a débarqué dans le football de haut niveau en 2017 en acquérant le Lille OSC, puis Mouscron en Belgique, Boavista au Portugal et les Girondins de Bordeaux.
Malgré quelques résultats à Lille (2e de Ligue 1 en 2018/19), les choses ont mal tourné à chaque fois.
Le polyglotte homme d’affaires (54 ans) a été évincé du LOSC fin 2020 parce qu’il tardait à rembourser au fonds d’investissement Elliott une dette de 225 millions d’euros, sur fond de défaut du diffuseur Mediapro et de pandémie de covid.
À Bordeaux, son arrivée en sauveur en 2021 a tourné à la dégringolade pour l’équipe sextuple championne de France, rétrogradée en National 2 (4e division) en 2024 et sous le coup d’une descente en Régional 1 (6e division) pour raisons financières, dans l’attente d’une prochaine décision du CNOSF examinant le projet de reprise de Sparta.
À l’été 2024, avec un passif de 118 millions d’euros, les Girondins ont même été contraints de se placer sous la protection du tribunal de commerce, abandonnant leur statut professionnel et leur très réputé centre de formation.
L’international français Jules Koundé, formé à Bordeaux, a récemment déploré cette «triste situation pour tous les supporters bordelais».
«Piètre manager»
Les membres des Ultramarines ont appelé au départ du «propriétaire fossoyeur», «piètre manager» qui a «laissé le club au bord de la disparition». Un «bourreau», a renchéri le groupe ultra rival des North Gate.
«Oui, il y a eu des erreurs», reconnaissait en 2024 Arnaud de Carli, vice-président du club, réfutant néanmoins le terme «fossoyeur» : «Le club était malade depuis des années», plaidait-il.
L’entourage du propriétaire a souvent rappelé que Gérard Lopez avait investi plus de 40 millions d’euros, puis financé le redressement judiciaire qui s’est finalement soldé par un écrasement de la dette, ramenée à 26 millions d’euros…
À l’inverse, Lopez a refusé d’apporter 40 millions d’euros à l’été 2024 pour rester en Ligue 2 et cet été, en discussions avec Sparta Capital, il n’a pas remis les 10 millions d’euros nécessaires.
«Lopez, on en avait entendu parler. Mais on était au bord du gouffre donc on s’est dit : « On va y croire »», témoignait un ex-employé du club au moment du redressement judiciaire, décrivant un président peu présent au quotidien. «Après, on se demandait toujours si l’argent injecté était le sien.»
Dans ses clubs successifs, son modèle économique a souvent consisté à rechercher des plus-values sur les transferts : le fameux «trading». L’intéressé disait vouloir donner du temps de jeu à de jeunes joueurs pour les «valoriser».
Mi-novembre 2024, le tribunal correctionnel de Lille l’a condamné à dix mois de prison avec sursis et 45.000 euros d’amende pour complicité d’exercice illégal de l’activité d’agent sportif.
«Hyper risqué»
«Il n’y avait qu’un acteur comme lui capable» de reprendre les Girondins, déjà lourdement endettés à l’époque, estime Jean-François Brocard, chercheur au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges. «Gérard Lopez a racheté de la dette, en endettant de nouveau le club (…) Il est arrivé avec un projet hyper risqué.»
S’agissant de ses autres clubs, Mouscron a fait faillite en mai 2022 et Boavista, acculé à la liquidation, a dû déclarer forfait pour la saison 2025/2026.
«Le style de Gérard Lopez, c’est de jouer avec des fonds d’investissement, donc de créer de la dette», reconnaît Arnaud de Carli, évoquant une pratique répandue dans le football.
Dans les affaires, Lopez avait fait fortune grâce à la revente d’une application de télécommunication à succès : Skype.
Le très secret millionnaire au crâne ras et à la barbe de trois jours, en t-shirt et baskets, a aussi investi dans l’énergie, notamment en Russie où il a côtoyé un temps le président Vladimir Poutine avant, assure-t-il, de revendre ses actifs et de rebondir dans les cryptomonnaies.
En F1 aussi, son passage dans les paddocks a mal fini.
L’écurie Lotus a terminé à une flatteuse 4e place mondiale en 2012 et 2013 puis tout s’est déréglé : fin 2015, ce collectionneur de voitures de luxe revendait la structure à Renault. Sur fond, déjà, d’impayés et de difficultés financières…