Accueil | Culture | [Musique] Genesis Owusu, «dog» on the top

[Musique] Genesis Owusu, «dog» on the top


(Photo : isaac brown)

Avec son petit dernier, Redstar Wu & the Worldwide Scourge, Genesis Owusu réalise la passe de trois sans aucune fausse note, confirmant son talent pour brouiller les frontières musicales tout en restant cohérent. Découverte.

 

Il y a quelques jours seulement, dans le studio de la radio Triple J et son émission Like a Version, il a remis ça, histoire de rappeler que non, définitivement, il n’aime pas être mis dans des cases, même quand il s’empare d’un grand classique : Paint It, Black. Avec son groupe au grand complet, choristes comprises, Genesis Owusu va s’attaquer au morceau des Rolling Stones avec respect, suivant ses préceptes rock à la lettre. Mais ce n’était qu’un trompe-l’œil : rapidement, il va l’emmener sur des sentiers de traverse qui n’appartiennent qu’à lui seul, fait de hip-hop, de soul et de funk. Au bout, une réinvention énergique et diabolique. Lui nomme ça une «fusion de sons», simplement parce qu’il en est coutumier.

 

Oui, avec lui, les apparences sont souvent trompeuses, comme lorsque sur son premier album, Smiling with No Teeth (2021), le garçon posait sur la pochette avec sa figure recouverte de bandages, affichant fièrement ses grosses bagues et ses dents plaquées or. Vite, on imaginait que l’on avait affaire à du gros rap qui tache. Mais à la place du «gangsta» imaginé, c’est un univers aux multiples couleurs et humeurs qui s’imposait à l’oreille. Une musique «belle, jeune, laide, étrange et intemporelle», définissait-il à l’époque, comme pour encore mieux semer le trouble d’une œuvre en équilibre entre sonorités électroniques du XXIe siècle et kitsch des années 1980, mélangeant dans le même shaker Prince, Death Grips, N.E.R.D. et Kendrick Lamar.

 

Des ARIA «comme Stark»

Résultat? Un des disques postcovid le plus marquant et le plus singulier qui soit, appuyé par un énergumène au surnom qui claque : le «black dog», qui raconte en creux le racisme dont il a été victime, lui l’enfant d’immigrés ghanéens exilé en Australie au cœur de la capitale Canberra, à la culture blanche prédominante. Un rejet dont il va toutefois faire une force, décidé à lâcher les chiens plutôt que de pleurer sur son sort. Avec conviction, il signe alors, deux ans plus tard, une autre production calée sur ce sens inné de l’éclectisme : Struggler, peut-être un peu moins mordant que son prédécesseur mais tout aussi surprenant, sautant de la soul au funk en passant par la pop sucrée et le punk-rap façon Slowthai.

 

Trouve un oligarque / Fais-lui payer des impôts!

Il n’en faut pas plus pour que son pays d’adoption ne trouve en Genesis Owusu un candidat pour célébrer son modèle d’intégration. Logiquement, il va rafler des ARIA «comme Stark», balance-t-il dans la chanson Pirate Radio, en référence aux prix récompensant les meilleur(e)s musicien(ne)s australiens (et à la jeune héroïne de Game of Thrones). Preuve supplémentaire de cette reconnaissance nationale : il aura le droit à une résidence au sein du prestigieux Opéra de Sydney, d’où prendra forme son troisième album, sorti il y a quelques jours et au nom à rallonge : Redstar Wu & the Worldwide Scourge.

 

Si l’artiste, 28 ans, aime se cacher derrière les avatars depuis le début de sa carrière, notamment pour dénoncer les ravages du capitalisme, ici, malgré ce titre pourrait accompagner un blockbuster à la Marvel, il tombe le masque pour s’attarder sur ce qu’il nomme ce «fléau mondial», évidemment à mettre au pluriel. «On est bel et bien sur la planète Terre dans les années 2020», reconnaît-il d’ailleurs à propos de cet opus. Dès la première chanson, il donne le ton et évite tout symbolisme : «Elon (Musk) est un putain de taré / Qui a donné du fric à ces incels?», s’interroge-t-il, toujours sur Pirate Radio, qui n’oublie pas les «totalitaires à perruque», les trolls et les «fans de Kanye (West)».

Mise en bouche incendiaire

Une mise en bouche incendiaire qui se poursuit sur d’autres titres, également énervés, s’en prenant pêle-mêle au racisme ordinaire, à la désinformation, à l’autoritarisme, au réchauffement climatique, aux dérives technologiques, au génocide perpétré à Gaza, aux charlatans de l’«alt-right» américaine et aux milliardaires. «Trouve un oligarque / Fais-lui payer des impôts!», crache-t-il ainsi sur Stampede. Une colère qui fonce tête baissée, accompagnée par un post-punk hargneux et une électronique montée sur ressorts, qui n’oublient toutefois pas d’être divertissants. Car Genesis Owusu ne pouvait suivre une voix toute tracée, aussi justifiée soit-elle.

 


Cet article est réservé aux abonnés.

Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.



Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.