Début mai 2021, en pleine pandémie, la ministre de la Santé, Paulette Lenert, flanquée des ministres de l’Éducation nationale, Claude Meisch, et de la Famille, Corinne Cahen, a vanté un véritable «changement de paradigme». Au cœur d’une revalorisation des professions de santé figurait le lancement de plusieurs bachelors dans le domaine des soins infirmiers. L’académisation de la profession avait été accueillie de manière mitigée par les acteurs du terrain. En cause? Déjà, l’épineuse question des attributions du personnel soignant. «Il nous faut procéder à une analyse des besoins du terrain. Les métiers de la santé ne cessent d’évoluer», résumait Paulette Lenert. L’objectif était de «mieux adapter» la profession d’infirmier, «qui n’a plus été remaniée depuis 20 ans».
Cinq ans plus tard, le dossier des attributions n’est toujours pas clos. Le gouvernement CSV-DP a pris l’engagement, fin 2023, de «redéfinir et préciser les attributions et les responsabilités inhérentes» aux différentes professions de santé. Un dialogue avec les différents acteurs concernés avait été annoncé. Il s’avère toutefois que le projet de loi déposé début mars ne correspond en rien aux attentes de l’Association nationale infirmières et infirmiers du Luxembourg (ANIL), soutenue par la Fédération européenne des associations d’infirmiers et infirmières (EFN). Le principal reproche : le cadre légal revu et corrigé ne permettrait pas de renforcer l’autonomie infirmière. Les syndicats OGBL et LCGB déplorent l’absence d’une «réforme cohérente» et «ambitieuse». Le texte se limiterait «à officialiser certains actes que les infirmiers réalisaient déjà de manière illégale afin d’éviter l’effondrement du système de santé».
La pandémie est venue démontrer la fébrilité de ce même système. Le «changement de paradigme» n’a pas abouti. D’autres professions de santé se sentent à leur tour lésées. S’y ajoutent le bras de fer engagé autour d’une plus grande libéralisation de la médecine et une assurance maladie fortement déficitaire. Le secteur de la santé est donc bel et bien malade. Il urge d’entamer un traitement capable non seulement d’apaiser les mécontentements, mais aussi d’éviter le scénario d’un désert médical qui menace toujours le Luxembourg.