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Stocks de sang au plus bas : la Croix-Rouge alerte


Le Centre de transfusion sanguine de Luxembourg, géré par la Croix-Rouge, attend les donneurs : les réserves de sang sont faibles. (Photo : archives editpress/fabrizio pizzolante)

La Croix-Rouge luxembourgeoise lance un appel d’urgence pour faire face à «un niveau de stock de sang préoccupant». Tous les donneurs potentiels sont appelés à se mobiliser. Mais qui peut réellement donner son sang et dans quelles conditions?

Toutes les personnes susceptibles de donner leur sang sont appelées à se mobiliser dans les prochains jours. La Croix-Rouge luxembourgeoise lance ce mardi 5 mai un appel d’urgence pour «faire face à un niveau de stock de sang préoccupant», au Grand-Duché.

Celui-ci pourrait en effet, dans les prochaines semaines, «mettre en difficulté la capacité du pays à répondre aux besoins des hôpitaux luxembourgeois», précise encore la Croix-Rouge.

Actuellement, les stocks de sang couvrent «tout juste» une semaine des besoins des hôpitaux luxembourgeois. Une situation «fragile», bien que le seuil d’alerte ne soit pas encore atteint.

Mais l’association anticipe, notamment les nombreux jours fériés et ponts du mois de mai, période «traditionnellement marquée par une fréquentation du Centre de transfusion sanguine en forte baisse».

Cette baisse des réserves s’explique également par les vacances scolaires de Pâques, qui ont entraîné une diminution du nombre de dons, sans compter l’arrivée prochaine de l’été, qui s’accompagne bien souvent des premiers départs à l’étranger.

Certains voyages peuvent entraîner des contre-indications temporaires au don de sang, réduisant encore le vivier de donneurs disponibles dans les semaines à venir.

Le Luxembourg n’est pas le seul pays concerné : la France fait aussi état d’un manque de donneurs de son côté. «Avec les nombreux jours fériés du mois de mai, nous n’avons pas assez de rendez-vous programmés», relève ainsi l’Établissement français du sang. À Metz notamment, il «manque aujourd’hui près de 700 rendez-vous» à la Maison du don.

Un geste simple

Or les besoins des hôpitaux, eux, demeurent constants, quelle que soit la période de l’année. Un appel similaire avait ainsi été lancé en novembre dernier au Luxembourg, alors que les stocks ne couvraient, à ce moment-là, qu’à peine une semaine des besoins des hôpitaux luxembourgeois.

«Donner son sang, c’est un geste simple mais essentiel, qui permet de sauver des vies tous les jours au Luxembourg. Nous pouvons tous, nous ou nos proches, un jour, avoir besoin d’une transfusion sanguine. En cette période sensible, chaque don compte pour maintenir un stock suffisant et assurer la sécurité des malades et des blessés», déclare Anne Schumacher, directrice du Centre de Transfusion Sanguine.

Mais encore aujourd’hui, tout le monde ne peut pas donner son sang de la même manière au Luxembourg. Si les catégories de donneurs n’existent plus désormais (on ne parle plus de «donneurs homosexuels» par exemple), les pratiques sexuelles, elles, restent primordiales. Et n’ont pas vraiment évolué.

Des critères inchangés

Concrètement, si un donneur, homme ou femme, a un nouveau partenaire sexuel ou plusieurs partenaires, il doit attendre 4 mois pour donner son sang total, son plasma ou ses plaquettes. Mais si un homme a eu dans les 12 mois qui précèdent l’entretien un rapport sexuel avec un autre homme, il doit attendre 12 mois, après cette relation, pour donner son sang total ou ses plaquettes.

Cette dernière règle vaut également pour une femme qui a eu dans les 12 mois qui précèdent l’entretien un rapport sexuel avec un homme ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme.

Des critères qui placent surtout le Luxembourg bon dernier par rapport à ses voisins : en Allemagne, le délai d’abstinence est en effet passé de douze à quatre mois en 2021. Même chose pour la Belgique, en 2023.

Quant à la France, c’est en août 2025 que l’Établissement français du sang (EFS) a annoncé la suppression des données liées aux relations homosexuelles. Le don du sang est aussi ouvert sans conditions aux personnes homosexuelles depuis 2022.

Les critères de sélection sont régulièrement révisés et mis à jour. (Photo : croix-rouge luxembourgeoise)

Toujours des discussions

Une différenciation de traitement toujours en discussion entre la Croix-Rouge et le gouvernement, comme l’explique Anne Schumacher : «Si la situation n’a pas davantage évolué depuis, c’est parce que la Croix-Rouge discute encore avec le ministère au sujet de la responsabilité juridique, en référence notamment aux scandales de sang contaminé. L’enjeu dépasse la question du VIH ou des comportements à risque : un donneur peut aussi être porteur d’autres maladies qui rendent son sang impropre».

Les critères de sélection sont ainsi régulièrement «révisés et mis à jour». Mais «les critères sont juste faits pour sécuriser et protéger les donneurs et receveurs, pas pour restreindre», assure la médecin.

Comment donner son sang?

Pour assurer le meilleur accueil possible, il est conseillé de prendre rendez-vous sur le site www.dondusang.lu. Il est bien entendu possible de se présenter spontanément au Centre de transfusion sanguine, situé au 42, boulevard Joseph-II à Luxembourg, les lundis, mardis et vendredis de 8 h à 16 h, les mercredis et jeudis de 8 h à 18 h, avec un parking gratuit, ou encore d’appeler le 2755-4000.

La maison médicale d’Esch-Belval (3-5, avenue du Swing) est également ouverte les lundis et mardis de 8 h à 16 h, avec un parking souterrain gratuit pour 2 heures au centre commercial Belval-Plaza. Un calendrier des autres lieux de collecte externe est disponible sur le site internet du don de sang. Les lieux de collecte sont fermés les jours fériés, les samedis et les dimanches.

Ceux qui ne sont pas certains de pouvoir donner peuvent effectuer un prétest en ligne pour vérifier leur éligibilité. Au 31 décembre 2023, la base de données de la Croix-Rouge luxembourgeoise comptait 15 354 donneurs de sang inscrits au Luxembourg.

Vers un congé pour tous?

Une proposition de loi (n° 8471) est actuellement en cours de discussion au Luxembourg pour créer un congé extraordinaire de quatre heures par an, permettant aux salariés du secteur privé de donner leur sang sans perte de salaire. Cette mesure vise à généraliser une pratique déjà courante dans le secteur public et à soutenir le bénévolat.

S’il fait consensus sur l’objectif de santé publique, le texte divise sur son financement : la Chambre de Commerce s’oppose à une charge supportée par les entreprises et plaide pour une prise en charge par l’État.

Du côté de la Croix-Rouge luxembourgeoise, si la direction ne souhaite pas émettre d’avis spécifique sur cette proposition, elle «encourage le don du sang volontaire et non rémunéré» : «c’est forcément une bonne nouvelle pour nous, car nous avons toujours besoin de plus de donneurs», assure-t-elle.

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