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[Littérature] Abel Quentin, l’écrivain qui préfère l’homme à la machine


(Photo : afp)

Après Bruno Patino et Éric Sadin, c’est au tour d’Abel Quentin de sonner l’alarme face à l’invasion de l’intelligence artificielle, appelant à un sursaut citoyen face au langage morbide des algorithmes.

Il est catégorique : «Face à l’IA générative, il ne faut pas avoir honte d’être un humain!», clame l’écrivain Abel Quentin, qui exhorte à la résistance face à «la fuite en avant autodestructrice» de cette technologie accueillie avec «trop de résignation». «C’est un livre énervé», prévient encore l’auteur de Sanctuaires (Éditions de l’Observatoire), qui paraît mardi. «Je ne suis pas expert, je suis écrivain. Et alors? C’est même le propos du livre, une urgence que j’essaie de transmettre au lecteur : ne pas se laisser intimider par la technicité du sujet, parce que les implications sont politiques, sociales et concernent tout le monde», explique-t-il.

L’auteur de Cabane, un roman sur l’urgence climatique sorti en 2024, est le dernier en date des intellectuels à s’alarmer de la déferlante de l’IA générative, capable de créer du texte, des images ou des vidéos à partir de grandes quantités de données, et dont le grand public s’est emparé avec l’arrivée de ChatGPT en 2022. Plus de 20 000 artistes, écrivains, journalistes, réalisateurs et autres éditeurs ont déjà signé une tribune collective demandant aux députés d’adopter une proposition de loi sur l’utilisation des œuvres par les IA.

«Un poison lent, un tueur silencieux»

«Vivons-nous la dernière heure de l’Homo sapiens?», s’interroge de son côté Bruno Patino dans Le Temps de l’obsolescence humaine (Grasset), un succès en librairie depuis sa sortie fin mars. «Qu’est-ce qu’être humain à l’heure des machines intelligentes», qui «modifient très structurellement nos vies collectives et individuelles?», se demande ainsi le directeur d’ARTE, auteur de trois autres ouvrages sur la révolution numérique en cours. Avant lui, le philosophe Éric Sadin avait écrit, avec Le Désert de nous-mêmes (L’Échappée), sorti fin 2025, une critique radicale de «l’ambition sans limite de l’empire de la tech» à imposer l’IA.

Face à l’IA générative, il ne faut pas avoir honte d’être un humain!

«Nous sommes à un moment décisif où nous n’avons pas d’autre choix que d’envisager toutes les solutions pour défendre l’Homme», estime Abel Quentin. «L’IA générative ne fait pas planer de danger de destruction physique de notre société mais c’est un poison lent, un tueur silencieux, et c’est peut-être pour cela qu’il recueille une forme de résignation ou d’accoutumance», selon lui. Il appelle alors, à juste titre, à «retenir la leçon» des réseaux sociaux qui, après avoir explosé dans les années 2010, commencent seulement à être régulés. 

Pour des œuvres siglées «100 % humaines»

«Allons-nous perdre aussi quinze ans pour envisager de contrôler l’accès à l’IA générative, et non les seuls usages? Y arriverons-nous après avoir sacrifié une génération?», demande-t-il. Bruno Patino voit aussi se rejouer «la pièce récente des années qui suivirent l’introduction du smartphone, de la connexion permanente et des réseaux sociaux : une accoutumance ravie accompagnée d’un inconfort croissant, avant qu’un réveil brutal ne nous saisisse, quand il sera trop tard».

Pour y faire face, Abel Quentin a adopté «la posture du boycott de l’IA générative». Car «il n’est pas possible de séparer son utilisation et les gains individuels qu’elle procure des conséquences sur le destin collectif», explique-t-il. Ne croyant pas «à une grande jacquerie contre la dictature de l’algorithme», l’écrivain propose de «sanctuariser» des mondes sans IA générative, comme des œuvres (livres, films…) siglées «100 % humaines». Il appelle, en conclusion, à combattre «le pseudo-optimisme des technolâtres qui masque parfois un mépris de l’homme : trop lent, pas assez efficace, dont on ne cesse de comparer les « performances » à celles de la machine».

Sanctuaires, d’Abel Quentin.
Éditions de l’Observatoire.

Le Temps de l’obsolescence humaine,
de Bruno Patino. Grasset.

Le Désert de nous-mêmes,
d’Éric Sadin. L’Échappée.

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