EXPOSITION C’est un trésor oublié, un aperçu inédit sur un moment pivot de la pop culture : 250 photos illustrant de l’intérieur la naissance de la «Beatlemania», signées Paul McCartney, sont présentées à Aix-en-Provence.
Le musée Granet d’Aix-en-Provence présente à partir de ce samedi, et jusqu’au 3 janvier 2027, des clichés datés d’octobre 1963 à février 1964, et retrouvés en 2020 dans les archives de Paul McCartney. Prises avec un Pentax 35mm par celui qui était alors un gamin de 21 ans en route pour la gloire, mais dont le nom ne parlait pas encore au monde entier, les photos déroulent un voyage en étapes accélérées pour ces «quatre garçons dans le vent» : la fin d’une tournée anglaise, une série de concerts à Paris et leur première tournée américaine, via New York, Washington et Miami.
«Dans ces quelques mois, tout change» pour le groupe, souligne Rosie Broadley, curatrice à la National Portait Gallery de Londres, institution vers laquelle se sont tournées les équipes de Paul McCartney pour mettre en valeur le millier de photos retrouvées, dont un quart a finalement été retenu. Résultat de ce travail, l’exposition «Eyes of the storm» («Les yeux du cyclone»), déjà présentée à Londres et aux États-Unis, montrée pour la première fois en France.
Touristes à Paris
Le jeune Paul a toujours été attiré par la photo et «on le voit devenir un meilleur photographe au fur et à mesure», analyse la commissaire de l’exposition. D’ailleurs, l’ancien Beatles voulait initialement exposer uniquement les «meilleurs» clichés mais s’est laissé convaincre «de l’intérêt qu’il y avait à montrer les photos que lui seul avait pu prendre». Paradoxalement, la plupart n’avaient jamais fait l’objet de tirages et McCartney les a alors redécouvertes. «Il disait : « Oh, je me souviens de ce moment, de cette personne. » C’est comme lire son journal de jeune homme. Un road trip, le journal visuel d’un voyage», poursuit Rosie Broadley.
C’est comme des photos de vacances, les Beatles vivent leur meilleure vie
Premières étapes, dans un noir et blanc parfois granuleux, les loges de salles de concert du nord de l’Angleterre, où John Lennon, peigne en main, ramène une mèche rebelle en arrière, tandis que l’entourage se prélasse dans des halls d’hôtel ou que George Harrison fait le clown, coiffé de deux chapeaux hauts-de-forme brillants superposés, vestiges d’une fête de Noël.
Début 1964, cap sur Paris pour une série de concerts à l’Olympia. Paul tire le portrait de Sylvie Vartan, qui partage l’affiche avec «Fab Four»; des musiciens de Johnny Hallyday passent dans le cadre lors de sessions aux studios Pathé Marconi… Mais les Beatles «sont aussi comme des touristes», relève Rosie Broadley. Paul photographie l’Arc de triomphe depuis la voiture du groupe, John se coiffe d’un tricorne à cocarde révolutionnaire, Ringo a chipé le képi d’un policier…
Le rêve américain
Fin janvier, le groupe et son entourage s’envole pour sa première tournée aux États-Unis. Paul immortalise la petite troupe dans l’avion. Le 8 février 1964, une planche contact témoigne des répétitions du passage mythique des Beatles au Ed Sullivan Show, émission phare de variétés de CBS. Diffusée le lendemain, elle attire 73 millions de spectateurs, du jamais vu. C’est alors que l’hystérie commence vraiment. L’objectif de Paul capture les gens qui courent après leur voiture dans les rues de New York, les policiers armés contenant les fans, des bagagistes d’aéroport les doigts dans les oreilles pour se protéger des hurlements du comité d’accueil…
Le voyage s’achève à Miami, où le noir et blanc fait place à une pellicule aux couleurs éclatantes, saturées du soleil hivernal de la Floride. John saute dans une piscine, George en lunettes de soleil sirote un drink à côté d’une fille en bikini jaune flashy. «C’est comme des photos de vacances, ils vivent leur meilleure vie. Comme s’ils réalisaient juste ce qui est en train d’arriver», décrit Rosie Broadley. Une tranche d’histoire.
Jusqu’au 3 janvier 2027.
Musée Granet – Aix-en-Provence.