THÉÂTRE Trompettes, retentissez! La 80e édition du Festival d’Avignon, grand rendez-vous international de théâtre, a été lancée samedi pour trois semaines, dans un contexte d’incertitudes budgétaires pesant sur le secteur.
Dans la cité papale d’Avignon, des comédiens des compagnies du Festival Off, en costumes et chapeaux, affiches de leur spectacle sur le dos, déambulaient dans les rues, tractant auprès des premiers spectateurs, tandis que démarraient les premières pièces. «Il y a des spectacles pour tous les goûts», déclare le directeur du festival, Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une «célébration des arts vivants», avec du théâtre, de la danse, des performances et du cirque, et une «fête de la création», avec des artistes d’une grande diversité qui «s’emparent des problèmes et des joies du monde».
Pour la première fois, le festival compte une majorité de metteuses en scène avec 27 femmes, 16 hommes et six collectifs. Par ailleurs, 24 artistes français tels que Jeanne Candel, Rebecca Chaillon, Boris Charmatz et 25 artistes internationaux, comme les Brésiliennes Christiane Jatahy et Carolina Bianchi, l’Égyptien Ahmed El Attar ou le collectif belge flamand tg Stan, sont invités. Cette édition se veut également une «fête des questionnements» avec le public, qui se terminera par une nuit de réflexions dans la cour d’honneur «autour des questions que l’art peut poser au monde».
Négociations et arbitrages
À la veille de l’ouverture du festival, plusieurs organisations professionnelles se sont inquiétées dans une lettre à Emmanuel Macron de voir les dotations prévues pour le second semestre annulées par l’État pour 28 structures du spectacle vivant, dont de nombreux opéras, deux théâtres parisiens, quatre orchestres. «Il n’y aura pas d’annulations de crédits. Il ne pourrait y avoir que des reports», a déclaré la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, interrogée à ce sujet. «Mais pour l’instant, nous nous battons pour que ça n’arrive pas.»
Elle a précisé être «en pleine négociation» avec son «collègue de Bercy». «Nous serons soumis à des arbitrages, comme toujours dans les débats budgétaires.» Selon le ministère, «40 % de l’enveloppe prévue pour l’année 2026» sera versée à partir de la semaine prochaine (50 % ayant été versée au début de l’année). La négociation avec le ministère de l’Économie et des Finances portera sur les 10 % restants.
Musique forte, vidéo, démesure : avec Maldoror, le directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, Julien Gosselin, a embarqué samedi soir le public de la cour d’honneur du palais des Papes dans un spectacle-fleuve pour l’ouverture du festival. Cette fiction, inspirée de textes de l’écrivain chilien Roberto Bolaño et de poèmes du recueil Les Chants de Maldoror de Lautréamont, «parle du mal, ce qui fait que des artistes cheminent autour du mal», selon le metteur en scène, figure emblématique du festival. «J’ai toujours été extrêmement intéressé par le fait que sous la beauté, ou sous la culture, pouvait en fait se cacher l’horreur», confie-t-il. «Quand je lis Bolaño, je ressens une forme de fraternité, de douceur, même si les thèmes qu’il travaille sont très violents.»
Trois créations luxembourgeoises dans le Off
Après l’anglais, puis l’espagnol et l’arabe, le coréen est la langue invitée du festival. Théâtre populaire, théâtre documentaire, performances visuelles, danse et cirque, pansori (récit chanté accompagné au tambour) : les arts vivants coréens représentent quelque 20 % de la programmation totale. La lauréate du prix Nobel de littérature 2024, Han Kang, présente du 12 au 18 juillet, a inspiré deux spectacles, Oiseau, une lecture performance avec les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, et Che dolore terribile è l’amore, mis en scène par l’Italienne Daria Deflorian.
En parallèle du festival «in», les compagnies du Off investissent les 141 théâtres de la ville, la transformant en gigantesque marché du spectacle vivant. C’est dans le Off que sont jouées trois créations luxembourgeoises, Les Jours de la lune, de Renelde Pierlot, Les Glaces, de Rébecca Déraspe (mise en scène de Sophie Langevin) et Une rose plus rouge de Christine Muller. D’autres pièces produites au Grand-Duché, comme La Peste de Frank Hoffmann d’après le roman d’Albert Camus, y sont également reprises. Quelque 1 400 compagnies proposent 1 780 spectacles au total, selon Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui gère la manifestation, soit 27 000 représentations.
Dans un contexte de crise du secteur, équipes artistiques, chargés de diffusion, collectivités, institutions, vont participer en parallèle à des «assises» pour mieux diffuser les spectacles après leur création, une réflexion qui se poursuivra en 2027.