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[Série] «The Best Immigrant», un jeu télé dans l’air du temps


La minisérie de cinq épisodes est accessible au Luxembourg sur la plateforme belge Streamz. (Photo : streamz)

Entre Loft Story et Squid Game, la fiction belge The Best Immigrant veut dénoncer la «déshumanisation» des étrangers.

Nos sociétés sont-elles cyniques au point de proposer à des étrangers de gagner leur citoyenneté dans un jeu télévisé? «Bienvenue à The Best Immigrant», lance en réponse un animateur tiré à quatre épingles, flanqué de danseuses en robes à paillettes, sur un plateau kitsch qui tranche avec la mine des candidats. En face de lui, un père chinois et sa fille, gérants d’une friterie, deux frères congolais, une Marocaine séparée de son fils et le couple de principaux protagonistes de l’histoire : Jamal (Farouk Ben Ali), éducateur sportif originaire de Libye, et Muna (Jennifer Heylen), professeure et militante contre l’excision, pour laquelle un retour au pays d’origine, le Sud Soudan, signifierait un grave danger.

Dans une Flandre sécessionniste dirigée par l’extrême droite, qui a lancé un programme massif d’expulsions, ils ont accepté, la mort dans l’âme, de participer à ce jeu télévisé, quelque part entre Loft Story, Black Mirror, Squid Game et The Handmaid’s Tale, dans l’espoir de rester. Les candidats doivent démontrer une connaissance parfaite de la Flandre – sa langue, son histoire, sa culture… –, et la moindre erreur n’est pas seulement synonyme d’élimination, mais bien d’un renvoi immédiat dans leur pays d’origine. Le tout sous le regard de producteurs cyniques et cruels, qui tirent les ficelles et placent les candidats dans des situations impossibles.

Avis divergents

La minisérie de cinq épisodes est actuellement visible au Luxembourg sur la plateforme belge Streamz. Projetée hors compétition en mars au festival Séries Mania, à Lille, elle a fortement marqué le public, au point d’être achetée par France Télévisions, qui n’a pas encore communiqué de date de diffusion. Elisa Bruguière, une psychologue de 51 ans, en est ressortie perturbée.

«C’est difficile à supporter en tant que personne, mais c’est très courageux, il fallait oser le faire», estimait la spectatrice après avoir vu deux épisodes sur cinq. «Extrêmement pertinent, extrêmement fort, et malheureusement d’actualité», a jugé pour sa part Christophe Averlan, un coach d’acteurs venu de Paris.

Certains se sont montrés plus partagés. «J’ai trouvé ça assez dérangeant. Ça nous place nous-mêmes dans une position voyeuriste. On est quand même happé par la dynamique du jeu», a déclaré Anouck Guillard, une étudiante de 21 ans. «Mais ça fait réfléchir.»

Fustigé par l’extrême droite

Quand The Best Immigrant est sorti en Belgique, en décembre, le député régional flamand Filip Dewinter, du parti d’extrême droite Vlaams Belang, a dénoncé «une propagande multiculturelle qu’on fait passer pour de la fiction» et fustigé une caricature de son mouvement. L’une des cocréatrices de la série, Cristina Poppe, a expliqué qu’elle a voulu montrer jusqu’où peut mener la «déshumanisation des gens». «Nous voudrions que ceux qui la regardent se demandent si c’est si éloigné de la réalité», ajoute l’autre créateur, Raoul Groothuizen.

Le duo de trentenaires s’était lancé dans le projet en 2018, en plein premier mandat de Donald Trump. Avec son retour au pouvoir et les images de violences des agents masqués de la police de l’immigration américaine (ICE), ils ont l’impression de toucher juste. Au printemps 2025, le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) avait même confirmé qu’un jeu télévisé qui mettrait des immigrés en compétition pour avoir la citoyenneté américaine lui avait été proposé et que l’idée n’avait été «ni approuvée ni rejetée». Depuis, le projet n’a plus été évoqué.

The Best Immigrant,
de Cristina Poppe et Raoul Groothuizen.

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