Face à la hausse progressive du budget de la Défense jusqu’en 2029, la commission «Justice et Paix» dénonce une course à l’armement disproportionnée.
Le Luxembourg s’engage-t-il trop activement à la course à l’armement? Alors que les budgets dédiés à la défense ont augmenté ces dernières années et que l’industrie militaire prend de plus en plus de place dans le pays, certaines interrogations demeurent. Le pays va-t-il trop loin dans cette industrie pourtant très porteuse? C’est cette question et d’autres que la commission indépendante «Justice et Paix» a souhaité soulever à l’occasion d’une conférence de presse.
Ce n’est pas la première fois que la commission liée à l’archevêché du Luxembourg se positionne contre la politique de défense menée dans le pays. «Nous l’avions déjà fait dans le contexte de la guerre en Ukraine en 2022. La première chose que nous souhaitons souligner, c’est que oui, nous sommes pour la défense, mais nous sommes contre cette course à l’armement à laquelle les pays de l’OTAN participent», indique Jean-Louis Zein, secrétaire général de la commission «Justice et Paix».
Il cite notamment une étude du Pr Herbert Wulf qui démontrait que les capacités militaires de l’OTAN étaient devenues supérieures à celles de la Russie dans presque tous les domaines, à l’exception du nucléaire. Cette analyse avait été par ailleurs présentée et débattue en octobre 2025 au Luxembourg. Alors, face à cette supériorité, la commission s’interroge sur la nécessité de dépenses supplémentaires massives et craint un réarmement disproportionné, allant au-delà des préoccupations légitimes de défense.
«La nature des innovations reste floue»
Aujourd’hui, cette commission indépendante réclame deux choses : davantage de transparence sur l’industrie de défense et l’intégration de la société civile et des citoyens dans ce débat. Pourquoi plus de transparence alors que le Luxembourg mise pour l’instant plutôt sur les drones et les satellites pour son industrie?
«Il est pour l’instant exclu que des armes de guerre de grande envergure comme des navires ou des avions soient produites au Luxembourg en raison du manque de sites. Aujourd’hui, les responsables politiques cherchent plutôt à attirer des innovations au Luxembourg, mais la nature exacte de ces dernières reste floue (…). En revanche, avec le développement de drones, le Luxembourg pourrait s’aventurer sur un terrain dangereux. L’avenir du développement des drones prévoit, par exemple, le pilotage et l’utilisation assistés par l’IA de drones armés», explique Jean-Louis Zeien.
Pour garantir cette transparence, la commission indépendante demande ainsi la création d’un comité d’éthique composé d’experts en système d’intelligence artificielle. «Le gouvernement précédent avait prévu de le créer. Depuis, plus de nouvelles», regrette Jean-Louis Zeien. Autre point soulevé par les membres de la commission «Justice et Paix» : les retombées économiques de ces investissements.
«Des chiffres concrets n’ont jamais été présentés. Certaines études scientifiques mettent en cause ce narratif du retour sur investissement, notamment en Allemagne, selon lesquelles un euro supplémentaire consacré à l’industrie de l’armement ne génère au maximum que 50 centimes de production économique supplémentaire. Mais ces dépenses publiques pourraient aussi ne produire aucun effet sur la production», souligne le secrétaire général de la commission indépendante.