Accueil | A la Une | Le phishing et ses 10 millions d’euros de préjudice

Le phishing et ses 10 millions d’euros de préjudice


Le traitement des dossiers est effectué par des sections de la police judiciaire qui regroupent environ 90 enquêteurs et analystes. (Photo : archives lq/julien garroy)

Le nombre de plaintes en matière de phishing ne cesse d’augmenter. Une force opérationnelle au sein de la police a été créée pour lutter de manière plus ciblée contre ce phénomène.

La cybercriminalité est un fléau qui ne fera qu’augmenter, préviennent les ministres Léon Gloden et Elisabeth Margue dans une réponse adressée à la fraction socialiste. Le nombre de plaintes en matière de hameçonnage (phishing) déposées auprès de la police a triplé. Entre août et décembre 2023, la police a enregistré 114 plaintes, 247 en 2024 et 367 en 2025.

À l’heure actuelle, le service de police judiciaire mène 88 enquêtes relatives à ces phénomènes. Les identités de 117 auteurs présumés ont pu être confirmées et 45 personnes ont été arrêtées. Il est plus difficile, en revanche, d’établir des statistiques sur les décisions judiciaires, dans la mesure où le hameçonnage, l’usurpation d’identité (spoofing) ou les ping calls ne constituent pas des qualifications prévues en tant que telles par le code pénal.

Cependant, en prenant en considération les qualifications pénales des infractions en cause, les ministres affirment que, depuis l’année dernière, environ 26 enquêtes préliminaires sont en cours auprès des parquets et que 80 dossiers ont été confiés à des juges d’instruction, à Luxembourg et à Diekirch. Étant donné qu’un seul dossier peut regrouper plusieurs victimes, il existe un écart entre le nombre de plaintes et celui des enquêtes.

La police ne dispose pas de données pour évaluer le préjudice causé par les fraudes de type ping calls ou spoofing. Quant au phénomène du phishing, la police peut désormais estimer le préjudice à un montant de plus ou moins 10 millions d’euros depuis août 2023. Le préjudice réel risque néanmoins d’être plus élevé.

Depuis l’année 2023, plusieurs affaires de ce type ont donné lieu à des condamnations pénales par les chambres correctionnelles du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Des peines d’emprisonnement, des amendes et des confiscations ont été prononcées et des victimes se sont vu allouer des dommages-intérêts.

Le traitement des dossiers est effectué, parmi d’autres, par les sections criminalité générale, antiblanchiment et cybercrime du service de police judiciaire. Elles regroupent environ 90 enquêteurs et analystes.

Au cours de l’année 2025, une force opérationnelle au sein de la police a été créée pour lutter de manière plus ciblée contre le phénomène croissant du phishing. Elle associe une quinzaine d’enquêteurs et d’experts de la police judiciaire qui, en cas de besoin, sont appuyés par d’autres services.

Les ministres insistent sur le rôle primordial de la prévention. La police sensibilise au maximum les acteurs clés (banques, providers) et le grand public pour éviter de nouveaux faits ou en réduire les effets. Des conseils de prévention sont régulièrement diffusés par la police via différents canaux (presse écrite, réseaux sociaux, bulletins communaux, campagnes de sensibilisation…).

Des mesures à prendre d’urgence

Les efforts sont constamment adaptés pour atteindre les différents groupes d’âge. Afin de sensibiliser le public aux risques liés à la cybercriminalité, la police grand-ducale a répertorié l’ensemble des escroqueries en ligne actuellement connues, ainsi que des conseils y associés, sur son site internet, sous la rubrique «Prévention».

Lorsqu’une infraction liée à la cybercriminalité est portée à la connaissance des autorités judiciaires, le magistrat de permanence prend, le cas échéant, les mesures urgentes qui s’imposent afin de préserver les éléments de preuve et d’assurer le suivi adéquat du dossier.

Le traitement de ces affaires relève, en règle générale, du département de la criminalité économique et financière du parquet, qui dispose d’une expertise particulière dans l’analyse des mécanismes financiers et des phénomènes criminels liés aux infractions économiques et financières.

Actuellement, près de 40 % des effectifs du parquet de Luxembourg sont affectés au département économique et financier. Le gouvernement dit avoir la ferme volonté de renforcer massivement les effectifs de la justice et de leur accorder des moyens supplémentaires. Ainsi, le programme pluriannuel de recrutement, adopté en 2024, a prévu la création de 94 nouveaux postes de magistrat de l’ordre judiciaire d’ici 2027. Dans ce contexte, les parquets, les cabinets d’instruction ainsi que la Cellule de renseignement financier (CRF) reçoivent un renforcement substantiel, traduisant la volonté de renforcer les capacités des autorités judiciaires, notamment dans les domaines spécialisés tels que la criminalité économique et financière.

Au fil de ces dernières années, les méthodologies de travail ont également été affinées afin de permettre un traitement efficace des dossiers, qu’il s’agisse de l’orientation procédurale ou de la poursuite des auteurs.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.