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[Exposition] Le jeu vidéo joue sa partition


Photo : afp

La Philharmonie de Paris montre les liens fructueux entre les jeux vidéos et la musique qui les accompagne, de l’ère 8 bits aux orchestres symphoniques. Une déambulation qui s’écoute, se regarde… et se joue! 

Des premiers «bip-bip» des bornes d’arcade aux plus grandes salles de concerts : la Philharmonie de Paris retrace depuis hier un demi-siècle de musiques de jeux vidéo au travers d’un périple nostalgique, de la ritournelle entêtante de Tetris aux envolées lyriques de Clair Obscur. Au sein d’un grand espace divisé en salles comme autant de niveaux d’un jeu, avec ses passages secrets et même son écran de fin, «Video Games & Music» a été pensé «comme un jeu vidéo», explique Jean Zeid, journaliste spécialisé et l’un des commissaires de cette rétrospective inédite qui se déroule jusqu’au 1er novembre.

Dès la première salle, une cinquantaine de virgules sonores et d’autres extraits audio des titres les plus populaires accueillent les visiteurs, rappelant immanquablement des souvenirs à toute personne ayant un jour tenu une manette. Bordé de flippers et de bornes de jeux, un tunnel en forme de tuyau – apparent clin d’œil au moyen de transport de Mario, le célèbre plombier de Nintendo – relie les différents espaces, reproduisant l’ambiance et les sons des salles d’arcade. 

Longtemps jugées inférieures aux musiques de films, les bande originales des jeux vidéo ont gagné en popularité depuis les années 2000, et font désormais régulièrement l’objet de concerts et de sorties en CD et vinyles. «La musique de jeu vidéo n’est pas un style musical en soi : elle embrasse tous les genres!», relève Jean Zeid. «Sa spécificité, c’est qu’elle est vivante et interactive» car «elle répond aux actions du joueur» et s’adapte en fonction de ce qui se passe à l’écran.

Le tournant Super Mario Bros.

Depuis la sortie de Pong en 1972, premier titre commercial dont les sons sont synchronisés avec les actions du joueur, la musique de jeux vidéo n’a cessé de s’améliorer, s’affiner et se complexifier, suivant les progrès technologiques de cette industrie qui a longtemps forcé ses artistes à créer sous une contrainte technique. Pour Jean Zeid, l’arrivée en 1985 de Super Mario Bros. marque un moment charnière : le compositeur japonais Koji Kondo parvient à créer «un thème internationalement reconnu» au sein d’un titre où «le bruitage se mêle à la musique sans que rien ne s’entrechoque», malgré la technologie rudimentaire à sa disposition.

La musique de jeu vidéo n’est pas un style musical en soi : elle embrasse tous les genres!

Une salle consacrée à Sonic, son éternel rival chez le constructeur Sega, illustre ainsi cette évolution sonore en mettant côte à côté quatre opus sortis en l’espace de trois décennies. Mais c’est à partir des années 1990, et notamment l’arrivée du format CD sur les consoles, qu’un «bouillonnement» créatif va s’opérer, avec l’apparition de jeux musicaux comme Dance Dance Revolution et l’arrivée de genres nouveaux comme la musique électronique (Wipeout), détaille Fanny Rebillard, également commissaire de l’exposition.

Les concerts de Clair Obscur 

Selon la musicologue, l’arrivée d’internet a constitué «un véhicule de diffusion formidable pour la musique de jeux vidéo», l’intégrant pleinement dans la culture populaire. Au travers de dessins préparatoires, de partitions ou encore d’extraits jouables, de nombreux studios français ont nourri cette exposition, au premier rang desquels le géant français Ubisoft, mais aussi Arkane, Amplitude ou encore Sandfall Interactive, créateurs du succès surprise de 2025 Clair Obscur : Expedition 33.

Comptant plusieurs centaines de millions d’écoutes en ligne ainsi qu’une tournée à guichets fermés, la bande originale du jeu a grandement participé à son succès et a fait rayonner à l’international ses morceaux mélangeant piano, violon et guitare électrique. De quoi donner définitivement ses titres de noblesse à la musique de jeux vidéo? «Évidemment, il y a toujours des résistances, et on ne va jamais convaincre tout le monde que quelque chose est légitime», concède Fanny Rebillard.

Elle estime toutefois observer «une prise de conscience de la culture vidéoludique». «On se doit d’accueillir tout le monde!», abonde Jean Zeid, arguant que même les plus réfractaires aux plaisirs de la manette pourront découvrir «des photographies de joueurs à travers le temps, des artistes, des instruments» dans cette exposition qui, selon ses commissaires, cache aussi quelques secrets à découvrir. Comme tout bon jeu vidéo.

«Video Games & Music»
Jusqu’au 1er novembre.
Philharmonie – Paris.

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