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Décès de Marjane Satrapi, autrice en exil et étendard du peuple iranien


En 2020, Marjane Satrapi était présidente du jury du LuxFilmFest. (Photo : massimo cataldo/luxfilmfest)

L’autrice franco-iranienne de Persepolis, Marjane Satrapi est décédée jeudi à Paris à l’âge de 56 ans, «morte de tristesse» un an après la disparition de son mari.

«Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie», a indiqué son entourage dans un communiqué transmis jeudi. Exilée en France depuis 1994, naturalisée en 2006, l’artiste franco-iranienne avait marqué les esprits avec la saga autobiographique Persepolis (2000-2003) dans laquelle elle racontait la répression politique du temps du Shah d’Iran, son enfance sous le joug de la République islamique et son douloureux départ vers l’Europe.

«Tu as changé le monde avec des bandes dessinées et tu t’en foutais des bandes dessinées. J’ai perdu ma sœur jumelle», a réagi sur Instagram le dessinateur français Joann Sfar. «Son œuvre a ouvert une voie que beaucoup ont suivie, et moi le premier», a complété Riad Sattouf, auteur franco-syrien de L’Arabe du futur.

D’un trait simple, servi par des planches en noir et blanc, Marjane Satrapi avait dépeint la grande complexité de la société iranienne et le choc intime et politique provoqué par l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en 1979. «Cette image de la femme corbeau et de l’homme barbu intégriste, ce que vous avez pu voir à la télévision, c’est ce qui était permis d’être vu par le gouvernement. Mais l’Iran, c’est une dictature, et une dictature ne montre pas tout», avait-elle déclaré en 2003, regrettant les «clichés» entourant son pays natal.

BD et cinéma

Primé en 2001 au festival international de BD d’Angoulême, le premier volet de Persepolis avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi elle-même en 2007, avec Vincent Paronnaud (Winschluss) à la coréalisation, décrochant deux César et le prix du jury du festival de Cannes en 2007. «Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens», avait alors Marjane Satrapi, adversaire acharnée de la République islamique d’Iran.

Son pays natal, où elle a grandi dans une famille d’intellectuels communistes, a irrigué l’œuvre de cette diplômée de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, de Broderies (2003), florilège d’anecdotes de femmes iraniennes, à Poulet aux prunes (2005), prix du meilleur album à Angoulême dont elle a coréalisé l’adaptation au cinéma avec Mathieu Amalric et Maria de Medeiros au casting. Toujours pour le grand écran, elle a réalisé la comédie noire The Voices (2014), avec Ryan Reynolds, pour lequel elle a remporté deux prix au festival du Film fantastique de Gérardmer.

En 2020, le LuxFilmFest a reçu Marjane Satrapi comme présidente du jury, qui en a profité pour présenter le film Radioactive (2019), une biographie de Marie Curie. Jeudi, le festival a réagi en se souvenant «de sa générosité et de son regard affûté», «de sa passion pour le cinéma, de son audace, de son humour parfois délicieusement acide et de son humanisme sans faille». «Le monde de l’art perd une figure magistrale; notre festival perd une immense source d’inspiration», a encore écrit le festival sur Instagram. Le sixième et dernier long métrage de Marjane Satrapi, Paradis Paris, est sorti en 2024.

Défense des femmes iraniennes

En 2024, elle avait coordonné l’ouvrage collectif Femme vie liberté, écrit après le soulèvement de la jeunesse iranienne dans la foulée du décès en détention de la jeune Mahsa Amini, arrêtée parce qu’elle ne portait pas correctement son voile. «Elle a consacré son œuvre et sa voix à la défense des femmes iraniennes» et «laisse un héritage artistique et culturel majeur», a salué la Fondation de la prix Nobel de la paix iranienne Narges Mohammadi.

En 2025, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d’honneur française pour dénoncer «l’attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran», qui connaissait alors une nouvelle vague de répression. «Depuis un moment, j’ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l’Iran», avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de «jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas». «Le refus de la Légion d’honneur n’est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j’aime profondément ce pays qui est le mien», avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace de l’inconsolable chagrin causé par la perte en 2025 de son mari, Mattias Ripa, producteur, acteur et coscénariste. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi : «I lost the love of my life» («j’ai perdu l’amour de ma vie»).

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