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Milei annonce une pluie de réformes pour «redessiner» l’Argentine


Le président argentin, Javier Milei, s'exprime lors de son discours annuel devant le Parlement. (Photo : afp)

Toujours plus loin dans les réformes, toujours plus proche de Donald Trump : le président argentin, Javier Milei, a lancé dimanche sa seconde moitié de mandat.

L’Argentine a déjà laissé passer «le train de l’histoire», a lancé Javier Milei dans son troisième discours sur l’état de la nation, en référence à la neutralité du pays pendant la Seconde Guerre mondiale qui «nous a coûté des décennies de marginalisation». L’alliance avec les États-Unis «n’est pas seulement un accord entre le président Trump et le président Milei», a-t-il plaidé. «Cela a à voir avec l’affinité culturelle, et les objectifs stratégiques entre les deux pays et dans toute la région. Il est temps d’en faire une politique d’État.»

Milei, dont le gouvernement avait salué samedi les frappes sur l’Iran de ses deux grands alliés, États-Unis et Israël, a cité dimanche l’exemple de l’Atlantique Sud, «terrain de la rivalité stratégique des prochaines décennies». Il y a «des routes commerciales, des ressources naturelles, la souveraineté maritime et la présence croissante d’acteurs qui ne partagent pas nos valeurs», a-t-il ajouté sans nommer un pays en particulier.

«Qui les contrôlera contrôlera une partie clé du travail mondial», et l’Argentine «doit être cet acteur», a-t-il affirmé. L’Argentine est «un maillon naturel de la chaîne de valeur stratégique de l’Occident», a-t-il martelé, énumérant ses atouts : minerais critiques, gaz, pétrole, énergie nucléaire, renouvelables, situation géographique favorable.

Réformes non-stop

Consacrant la plus large partie de son discours aux succès macroéconomiques de son gouvernement, notamment contre l’inflation ramenée de 150 % à 32 % en interannuel, Javier Milei s’est dit résolu à pousser plus avant ses réformes. Il a annoncé un train de «90 réformes structurelles» soumises au Parlement dans l’année, visant à «redessiner» l’Argentine «pour les 50 prochaines années» : «neuf mois ininterrompus de réformes structurelles qui vont redessiner l’architecture institutionnelle de la nouvelle Argentine». Dans un discours entrecoupé d’apostrophes aux députés d’opposition – «voleurs!», «déliquants!», «ignorants!» – il a notamment évoqué des réformes fiscales, du système judiciaire, du code pénal, du système électoral et de l’éducation.

Président depuis fin 2023, Javier Milei ouvre cette année parlementaire en position de force, consolidé par un succès aux législatives de mi-mandat en octobre. Il est conforté dans son élan dérégulateur par plusieurs réformes adoptées récemment, telle la récente et clivante réforme de flexibilisation du travail. Pour le politologue Pablo Touzon, il «commence l’année mieux que jamais». Un Milei «hégémonique», face à une opposition péroniste (centre gauche) «sans alternative proposée en deux ans, comme résignée à être « meilleur deuxième »».

Sur le carreau

Le président «anarcho-capitaliste», comme il se décrit, a été exaucé dans son désir d’ouverture à tout crin de l’économie par des accords commerciaux (avec l’Union européenne via le Mercosur) ou douaniers (avec les États-Unis). Mais ses succès «n’ont pas à ce jour été accompagnés (…) d’un soulagement significatif dans le porte-monnaie des gens», rappelle Pablo Touzon.

«La fin de mois? C’est la moitié du mois que je n’arrive pas à boucler!», s’étranglait vendredi dans la manifestation contre la réforme des lois du travail Veronica Arroyo, retraitée de 54 ans. En deux ans, près de 300 000 emplois ont été perdus entre public et privé, revers d’une austérité budgétaire qui a anémié la consommation. La reprise en 2025 (+4,4 %, après une récession de -1,8 % en 2024) a été tirée par quelques secteurs (agraire, mines, services financiers), tandis qu’industrie et commerce restaient dans le rouge.

Le président de la Chambre de commerce et services d’Argentine, Mario Grinman, présageait lui-même cette semaine d’autres dégâts à venir dans le monde de l’entreprise : «Certains d’entre nous vont rester sur le carreau, mais si c’est le prix à payer pour que nos petits-enfants, enfants, aient une Argentine normale, un pays qui progresse, avec un avenir, je crois que ça en vaut la peine».

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