EUROPE Le bilan de la vague de chaleur exceptionnelle qui a frappé des centaines de millions d’Européens reste provisoire, mais cette canicule figure déjà parmi les pires jamais enregistrées.
Une masse d’air chaud venue d’Afrique du Nord est entrée peu après mi-juin par la péninsule ibérique, stationnant ensuite sur la France et jusqu’en Angleterre, avant de lentement traverser le continent pour en sortir par l’est début juillet. Elle a été qualifiée d’«historique» par plusieurs experts, dont le service météorologique allemand.
Une vague longue et sévère
La vague de chaleur a vite été comparée à celle d’août 2003 qui a marqué une génération de Français et d’Européens et tué des dizaines de milliers de personnes.
Alvaro Silva, expert en climatologie à l’Organisation météorologique mondiale, explique que la durée est l’un des critères pour mesurer la sévérité d’une vague de chaleur, au même titre que l’intensité et l’étendue géographique. À ce titre, cette vague n’a pas été aussi longue que celle d’août 2023. «Mais nous avons enregistré de nombreux records de température (…), et le plus impressionnant, c’est que nous étions encore en juin. C’est donc une grande différence», affirme-t-il.
Pour sa part, le service météorologique allemand DWD juge qu’«on n’avait jamais connu une vague de chaleur aussi longue et intense aussi tôt dans l’été, ni en Allemagne ni dans de nombreuses autres régions d’Europe».
«Les comparaisons directes avec des évènements historiques ne sont pas simples, car chaque vague de chaleur présente des caractéristiques différentes», observe le service météorologique britannique, le Met Office, qui estime néanmoins que cette vague a été «l’une des plus importantes» dans le pays, en raison d’une combinaison de «chaleur persistante, d’humidité exceptionnelle et de nuits très chaudes».
La canicule a été d’une intensité jamais observée en France, a conclu Météo-France, mais elle été un peu moins longue que celle ayant touché le pays en août 2003, avec 14 jours contre 16.
Le World Weather Attribution, un réseau de climatologues, l’a qualifiée vendredi 26 juin, en pleine fournaise, de vague de chaleur la «plus sévère» jamais observée en Europe, avant même la fin de l’épisode et en incluant les prévisions des trois jours suivants.
Ses scientifiques ont calculé qu’une telle canicule aurait été «pratiquement impossible» au mois de juin sans changement climatique. Ils estiment qu’un phénomène comparable en juin 2003 aurait été 2 °C moins chaud.
De nombreux records de température
Les températures ont largement dépassé 40 °C dans de multiples régions durant la vague de chaleur.
Des records absolus ont été enregistrées en Allemagne (41,5 °C), en Slovaquie (41,3 °C), en République tchèque (40,6 °C), en Pologne (40,5 °C) ainsi qu’au Danemark (37 °C). Des records pour un mois de juin sont aussi tombés en France, en Suisse et au Royaume-Uni.
Deux tiers des Européens exposés
Des zones habitées par 410 millions de personnes ont subi des températures de 35 °C ou plus au moins une fois, soit plus des deux tiers de la population.
Lors de la canicule de 2003, 320 millions de personnes avaient été exposées à ces niveaux de température en Europe (hors Turquie) entre le 1er et le 17 août, a calculé l’AFP à partir des températures maximales quotidiennes de l’Observatoire européen de la sécheresse et les données de population du Joint Research Center.
Un bond de 39 % des décès en Belgique
Les premières estimations de la surmortalité liée à la chaleur font état de fortes augmentations du nombre de décès dans plusieurs pays.
En Belgique : 1 222 morts entre les 18 et 29 juin, soit une hausse de 39 %, selon les autorités sanitaires (lire également ci-contre).
«Une telle surmortalité au cours d’une vague de chaleur est sans précédent dans notre pays. La vague de chaleur était exceptionnelle, avec sept jours tropicaux où les températures ont dépassé les 30 °C. Les nuits, en particulier, étaient anormalement chaudes», souligne ce bilan provisoire.
Près de la moitié de ces décès, soit 530, concernaient des personnes âgées de 85 ans et plus. Un pic de mortalité a été atteint le samedi 27 juin, avec un total de 572 décès enregistrés.
En France : 2 025 morts pendant la pire semaine, celle du 22 juin, en majorité des personnes âgées vivant souvent à domicile, soit une hausse de 30 %, selon l’agence Santé publique France.
En Espagne : 1 028 décès attribuables à la chaleur en juin, le total le plus élevé pour un mois de juin depuis au moins 2015, selon l’Institut de santé Carlos III. En juin 2017 toutefois, le pays avait enregistré un chiffre assez proche de 1 000 morts attribuables à la chaleur.
Aux Pays-Bas : environ 480 morts durant la semaine du 22 juin, majoritairement des personnes de plus de 80 ans, selon les autorités sanitaires.